Le peignoir et le kimono d'intérieur diffèrent d'abord par leur fonction textile : le peignoir est un tissu épais conçu pour absorber l'eau et sécher le corps à la sortie du bain, tandis que le kimono en satin est une surcouche qui se porte sur une peau déjà sèche et n'absorbe rien.
La confusion vient de ce qu'on les range au même endroit et qu'on les enfile au même moment de la journée. Les deux relèvent pourtant de deux logiques distinctes du vestiaire marocain et de la tenue d'intérieur : l'un est un outil, l'autre une pièce d'habillement. Les confondre conduit à acheter un kimono en espérant qu'il fasse le travail d'une éponge, ou à porter un peignoir dans une chambre où l'on aurait voulu être habillée.
Le peignoir
Le peignoir fait bien une chose : il sèche. Un tissu bouclé et épais prend l'eau au contact et la retient le temps qu'on se coiffe ou qu'on prépare le petit-déjeuner. Il tient chaud au sortir de la douche, moment où le corps perd rapidement de la température, et il ferme large, ce qui le rend commode quand on ne cherche pas encore une allure.
Ses limites sont l'encombrement et le séchage. Un peignoir occupe dans une armoire la place de plusieurs pièces, et il ne se plie pas à plat : dans une valise, il coûte cher en volume. Une fois mouillé, il met longtemps à sécher, et un peignoir qui ne sèche pas entre deux usages prend une odeur. Il n'a enfin aucune tenue esthétique : il ne se porte pas devant des invités et il écrase toute tenue de nuit soignée passée dessous.
Le kimono en satin
Le kimono fait bien une chose : il habille. Le satin est un tissage, pas une matière ; il produit une surface lisse et fluide qui glisse sur ce qui se trouve dessous au lieu de le comprimer. Un kimono se porte donc par-dessus une chemise de nuit ou un pyjama — et le choix entre un pyjama en satin et un pyjama en coton change alors le ressenti général de la superposition. Il se ferme d'une ceinture, se plie à plat dans une valise et occupe l'épaisseur d'un foulard.
Sa limite est simple et absolue : il n'absorbe pas. Passé sur une peau humide, il colle, marque des auréoles et devient inconfortable. Il tient peu chaud en lui-même, puisqu'il travaille par couches et non par épaisseur. Un satin demande en outre plus d'égards qu'une éponge à l'entretien : lavage doux, séchage à plat, pas de frottement. Ceux qui l'achètent pour remplacer un peignoir sont presque toujours déçus, et le reproche qu'ils lui adressent — « ça ne sèche pas » — n'est pas un défaut du produit mais une erreur de rôle.
Tous les satins ne donnent pas le même kimono. Un satin duchesse ou un satin charmeuse ne tombent pas de la même façon : le premier tient la ligne, le second coule sur l'épaule. Et l'écart entre le satin et le crêpe se joue sur la brillance et le corps du tissu, le crêpe donnant un vêtement d'intérieur plus mat et plus structuré.
Les finitions déplacent elles aussi le curseur. Sur un kimono d'inspiration marocaine, les ouvertures reçoivent parfois une passementerie, et la sfifa et l'aakad n'y font pas le même travail : l'une borde et souligne, l'autre sert de boutonnage. Un peignoir, lui, ne reçoit guère qu'un passepoil, parce que toute décoration y gênerait le frottement de séchage.
Critère par critère
- Sécher le corps après la douche — avantage au peignoir, sans discussion : c'est sa raison d'être.
- Se montrer devant quelqu'un — avantage au kimono, qui est une pièce habillée.
- Chaleur immédiate — avantage au peignoir, par l'épaisseur.
- Encombrement en valise — avantage net au kimono, qui se plie à plat.
- Confort par forte chaleur — avantage au kimono : une éponge devient vite étouffante en été.
- Facilité d'entretien — avantage au peignoir : machine, tolérance au frottement, aucune précaution particulière.
- Séchage du vêtement lui-même — avantage au kimono, qui ne se mouille pas.
- Tenue de l'aspect dans le temps — avantage au kimono : une éponge perd sa boucle, un satin garde son tombé s'il est lavé doucement.
Le verdict
Le peignoir gagne dans la salle de bain et dans les dix minutes qui suivent la douche : cheveux mouillés, corps à sécher, matin pressé, hiver dans une maison fraîche. Sa lectrice type vit sa tenue d'intérieur comme un outil et ne veut pas d'un vêtement qui demande des précautions.
Le kimono gagne partout ailleurs dans la maison : une soirée où l'on reste habillée sans être en tenue de ville, un séjour où la valise est comptée, un été où l'épaisseur devient insupportable, une chambre d'hôtel qu'il faut traverser. Sa lectrice type cherche une pièce qui se voit et se photographie autant qu'elle se porte. Les deux ne se remplacent donc pas : ils se relaient, peignoir pour sortir de l'eau, kimono pour le reste de la soirée. Pour une pièce d'intérieur assortie à une tenue plus habillée, les caftans et robes marocaines relèvent de la même famille de coupes amples et fermées par la ceinture.