Dans les campagnes marocaines, le souk hebdomadaire est un marché périodique qui se tient un jour fixe de la semaine, en un lieu qui n'est parfois rien d'autre que ce marché. Ce calendrier a laissé une trace durable dans la toponymie : de nombreux noms de localités marocaines contiennent le jour de la semaine où se tenait — ou se tient encore — leur souk.
Ce réseau de marchés est le maillon rural des techniques et savoir-faire de l'artisanat marocain : c'est par lui que circulent bêtes, laines, peaux, outils et productions des ateliers.
Le calendrier devenu carte
Le principe est simple : chaque tribu ou groupement rural tient son marché un jour donné, de façon à ce que les souks voisins ne se concurrencent pas et que colporteurs et artisans itinérants puissent enchaîner les places au fil de la semaine. Les noms de jours se lisent encore sur la carte : El Had renvoie au dimanche, Tnine au lundi, Tleta au mardi, El Arbaa au mercredi, El Khemis au jeudi, Es-Sebt au samedi. D'où des toponymes comme Souk El Arbaa, Souk Tnine ou Souk Sebt, et des noms de villes formés sur le même modèle, comme Khemisset, bâtie autour d'un souk du jeudi. Quand une agglomération s'est développée autour du marché, le nom du jour est resté, même si le souk a changé de jour ou disparu : la toponymie conserve ainsi la mémoire d'un calendrier économique.
Ce que le souk organise
Le souk hebdomadaire n'est pas seulement un lieu d'échange : il structure l'économie et la sociabilité rurales. On y vend le bétail, les grains, les légumes ; on y trouve les étals des artisans — forgerons, vanniers, cordonniers, réparateurs — et les produits des ateliers urbains apportés par les commerçants. Les peaux qui y sont collectées alimentent les tanneries des villes, dont la tannerie Chouara de Fès est l'exemple le plus célèbre. En sens inverse, des productions des campagnes montent vers les marchés urbains : c'est notamment par ces circuits que voyagent les tissages de l'Atlas, comme le tapis Azilal du Haut Atlas. Le souk offre aussi ses services : écrivain public, barbier, restauration — une journée de souk est une institution sociale autant qu'un marché.
Ce qu'on observe aujourd'hui
Le réseau des souks hebdomadaires reste vivant, même si le camion a remplacé la mule et si certains souks se sont fixés en agglomérations permanentes dotées de marchés couverts. Les artisans y demeurent présents, du réparateur ambulant au maalem, le maître artisan venu vendre sa production ; on y trouve aussi bien des matériaux de construction — jusqu'à la chaux dont est fait le tadelakt marrakchi — que des textiles industriels importés. Le souk rural fonctionne ainsi comme un baromètre : ce qu'on y vend dit assez précisément ce que les campagnes produisent encore, et ce qu'elles ont cessé de produire.
Le regard de Maison Tanger
Pour Maison Tanger, ce réseau de marchés rappelle une évidence utile : au Maroc, l'objet a toujours circulé, et sa valeur tenait à ce qu'il servait longtemps et se réparait. La maison retient cette culture de l'usage durable pour ses sacs marocains en simili cuir PU, sans matière animale, pensés pour un usage quotidien prolongé, comme pour ses caftans et robes marocaines : des pièces faites pour durer plutôt que pour se succéder.