Teinture en masse ou coloration de surface

La teinture en masse introduit le colorant dans toute l'épaisseur de la matière au moment où celle-ci est constituée, tandis que la coloration de surface le dépose en pellicule sur une matière déjà formée ; les deux donnent le même aspect neuf et des vieillissements opposés.

Cette distinction est l'une des rares informations techniques qui prédisent réellement le comportement d'une couleur dans le temps, et elle figure pour cette raison parmi les notions de fond du pilier couleurs et palettes. Elle n'apparaît presque jamais sur une étiquette. Elle se déduit.

Deux procédés, deux logiques

La teinture en masse consiste à colorer la matière avant sa mise en forme : pigment incorporé au polymère avant extrusion pour une matière synthétique, fil teint avant tissage pour une étoffe, bain traversant pour un cuir animal teint à cœur. Le colorant est partout dans l'épaisseur, en proportion à peu près constante.

La coloration de surface fait l'inverse. La matière est fabriquée d'abord, incolore ou d'une couleur de base, puis reçoit une couche de finition pigmentée : enduction, pulvérisation, impression. Cette couche est mince. Elle est aussi celle qui porte la totalité de l'effet visuel.

Aucun des deux procédés n'est supérieur en soi, et il serait malhonnête de le prétendre. La coloration de surface permet des effets impossibles autrement : nuances irrégulières, bicolores, tirages courts, motifs imprimés. La teinture en masse offre une régularité et une résistance à l'entame que la surface n'atteint pas. Le choix dépend de ce qu'on attend de la pièce.

Comment reconnaître l'un ou l'autre sans documentation

Le premier indice est la tranche. Sur une pièce coupée — bord d'une lanière, extrémité d'un rabat, coin d'un panneau — on voit l'épaisseur. Si le cœur a la même couleur que la surface, la matière est teinte à cœur. Si le cœur est blanc, gris ou beige alors que la surface est colorée, c'est une coloration de surface. Sur un article fini, les tranches sont souvent peintes ou rabattues, ce qui masque l'information ; il faut alors chercher un endroit non fini, à l'intérieur d'une poche par exemple.

Le deuxième indice est l'envers. Sur une étoffe tissée en fils teints avant tissage, l'envers est aussi coloré que l'endroit. Sur une étoffe imprimée, l'envers est nettement plus pâle et le dessin y est flou. Un foulard se prête très bien à cette lecture, parce que ses deux faces sont accessibles d'un seul geste.

Le troisième indice est le comportement d'une petite rayure. Une éraflure sur une couleur de surface découvre un fond d'une autre teinte et se voit immédiatement, surtout sur les teintes foncées. Une éraflure sur une matière teinte à cœur reste de la même couleur et disparaît visuellement, même si la matière est bien entamée.

Un simili cuir PU relève par construction du second cas de figure : c'est un revêtement de polyuréthane sur support textile, et sa couleur est logée dans une couche mince. Sur les sacs en simili cuir PU, les zones à surveiller sont donc les arêtes et les angles, là où la matière se plie et frotte le plus.

Ce que chaque procédé donne dans le temps

Trois modes d'usure méritent d'être distingués, parce qu'ils ne touchent pas les deux procédés de la même manière.

L'abrasion est le point faible de la coloration de surface : la couche pigmentée est consommée avant la matière qu'elle recouvre, et l'usure se voit donc bien avant que la solidité soit en cause. Sur une teinture à cœur, l'abrasion découvre de la matière de la même couleur ; la pièce s'use sans se décolorer localement.

La migration est le point faible symétrique. Un pigment déposé en surface peut se détacher au frottement et se déposer ailleurs, ou recevoir un pigment venu d'ailleurs. C'est le mécanisme du transfert de couleur, dont les précautions concrètes sont détaillées dans le guide consacré à la façon de prévenir le transfert plutôt que le rattraper. Une matière claire à coloration de surface est la plus exposée, dans les deux sens.

La photodégradation, enfin, ne dépend pas du procédé mais de la famille chimique du colorant, ce qui explique qu'une même pièce puisse pâlir vite sur une teinte et pas du tout sur une autre. Le guide sur ce qui passe au soleil et ce qui tient détaille ce point. Nous ne publions pas d'indices de solidité chiffrés pour nos coloris : ces valeurs supposent des essais normalisés dont nous ne disposons pas article par article, et les inventer n'aurait aucun sens.

Ce que cela change au choix d'une pièce

La conclusion pratique est simple. Pour une pièce destinée à un usage quotidien et intensif, une teinte foncée sur coloration de surface demande de l'attention aux arêtes ; une teinte proche du fond de la matière pardonne davantage. Pour une pièce à usage occasionnel, la question pèse beaucoup moins.

Deux détails méritent enfin d'être regardés au moment du choix, parce qu'ils concentrent l'usure de couleur. Les couleurs sur satin obéissent à des règles propres, l'armure de tissage renvoyant la lumière de manière directionnelle et donnant deux valeurs à une même teinture. Et l'accord entre le métal et la matière compte plus qu'on ne croit : le guide sur la quincaillerie et la couleur d'un sac montre pourquoi une finition métallique mal accordée fait paraître une teinte plus terne qu'elle n'est.

Voir aussi

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