Une anse tressée est une anse dont le corps est formé par l'entrelacement de plusieurs brins de matière, généralement trois ou quatre, nattés sur toute la longueur puis repris ensemble à chaque extrémité.
Elle constitue l'une des variantes de portage recensées dans notre guide sur l'anatomie d'un sac, et se distingue d'une anse pleine par sa souplesse : le nattage autorise une flexion dans tous les plans, là où une bande unique ne plie que dans un sens. Le procédé relève du tressage, technique de garniture ancienne également employée pour habiller un manche ou border une ouverture.
Trois brins, quatre brins
La natte à trois brins est la plus courante : elle donne un cordon plat, régulier, dont le dessin se lit en chevrons. La natte à quatre brins, montée en croisé, produit un cordon plus rond et plus dense, qui roule mieux dans la paume mais consomme davantage de matière et de temps. Dans les deux cas, les brins ne sont pas simplement coupés dans une chute : ils sont issus d'une refente, opération qui ramène une bande à une épaisseur constante sur toute sa longueur. On reconnaît une natte propre au fait que le pas du tressage reste identique du premier au dernier croisement, sans zone plus lâche près des extrémités.
L'erreur fréquente : des brins d'épaisseur inégale
C'est le défaut le plus répandu et le plus difficile à rattraper. Si les lanières n'ont pas été refendues à épaisseur constante, chaque brin encaisse une part différente de la charge. Le brin le plus épais travaille moins, le plus fin s'allonge en premier : au bout de quelques mois, la natte se détend de façon inégale, le dessin se déforme, et un brin finit par ressortir en boucle sur le dessus. L'anse n'est alors plus rattrapable sans être entièrement défaite. Le contrôle se fait avant nattage, brin par brin, jamais après. Un second point d'attention concerne l'arête vive laissée sur le champ de chaque brin : non abattue, elle marque le brin voisin à chaque croisement.
Ce que ça change à l'usage
Une anse tressée réussie répartit la pression sur plusieurs surfaces au lieu d'une seule bande, ce qui la rend plus confortable en main qu'une poignée plate de même largeur — un effet proche de celui recherché avec la poignée roulottée. En contrepartie, elle demande un ordre de fabrication précis : la natte se termine et se fixe en assemblage à plat, avant mise en volume, et le placement des brins sur la peau relève des mêmes contraintes de coupe que l'assemblage tête-bêche. Sur un modèle rigide tenu par une armature, elle apporte le contrepoint souple qui manque souvent. On la trouve sur certains sacs en simili cuir PU, plus rarement sur les sacs bandoulière, où la sangle réglable prend le relais.