La toile de coton et le simili cuir PU diffèrent d'abord sur leur rapport à l'eau : la toile absorbe l'humidité et sèche en gardant la marque de ses plis, alors que le simili cuir PU (polyuréthane, sans matière animale) retient l'eau en surface et reprend sa forme, au prix d'un poids supérieur et d'une souplesse moindre.
Tout le reste en découle. Écartons d'emblée l'idée reçue la plus tenace : la toile ne serait qu'une matière d'appoint et le simili cuir PU une matière sérieuse. C'est faux — les deux se rencontrent sur les mêmes formats et servent deux régimes d'usage différents. Le guide des matières de maroquinerie donne le panorama complet ; cette page se limite à l'arbitrage entre les deux.
La toile de coton
La toile est un tissage, pas un revêtement : l'air passe au travers, ce qui évite la condensation à l'intérieur du sac. Elle est légère, argument décisif sur un grand format, et accepte un nettoyage localisé à l'eau savonneuse à condition de sécher à plat. Elle vieillit en s'assouplissant, et sa couleur se patine au lieu de s'écailler.
Sa limite se voit vite. Une toile n'a aucune tenue propre : sans renfort interne, le sac s'affaisse dès qu'il est vide et le fond se creuse en cuvette. Elle absorbe les corps gras de façon souvent irréversible, et les angles bas s'éliment en premier jusqu'à laisser voir la trame. Sur une toile claire, un jean neuf dépose un voile bleuté difficile à retirer. Enfin, un cabas de toile se porte souvent ouvert : c'est là que le choix entre un zip et un fermoir aimanté pèse le plus, puisque rien n'empêche la pluie d'entrer par le haut.
Le simili cuir PU
Le simili cuir PU est un support textile enduit d'une couche de polyuréthane. Cette couche est continue : une averse s'essuie, un liquide renversé ne pénètre pas s'il est absorbé dans la minute, et la forme du sac ne bouge pas. C'est ce qui permet une ligne nette, un rabat qui retombe droit, des angles vifs.
Ses limites méritent d'être dites franchement, y compris quand c'est la matière que nous travaillons. Le PU est plus lourd que la toile à surface égale. Il ne respire pas : un sac fermé toute une journée d'été peut sentir le renfermé. Un pli marqué toujours au même endroit — le coude d'une anse, la charnière d'un rabat — finit par blanchir puis craqueler, et cela ne se répare pas. Il vieillit aussi chimiquement : un PU de qualité tient trois à cinq ans en usage courant avant que la couche commence à se dégrader. Toutes les surfaces enduites ne se valent d'ailleurs pas : l'écart entre un verni et un nubuck synthétique face à l'eau est plus large que celui entre certaines toiles et certains PU.
Critère par critère
Deux points ne dépendent pas de la matière mais décident autant qu'elle. Le traitement des bords d'abord : l'arbitrage entre la tranche peinte et la tranche repliée désigne l'endroit où la finition cédera. La quincaillerie ensuite : sur un sac exposé à l'humidité, le choix entre un zip métal et un zip nylon compte davantage que la matière du corps.
- Pluie et humidité — avantage net au simili cuir PU : la surface est continue, la toile boit et sèche lentement.
- Poids à vide — avantage à la toile, surtout sur les grands formats.
- Tenue de forme — avantage au PU ; une toile a besoin d'un renfort rapporté pour tenir debout.
- Taches — avantage au PU sur les liquides et les corps gras ; avantage à la toile sur la poussière sèche, qui se brosse.
- Réparabilité — avantage à la toile : on recoud une pièce, on ajoute un fond. Un craquelage de PU ne se recolle pas.
- Vieillissement — la toile s'use lentement et visiblement mais reste utilisable ; le PU reste impeccable plus longtemps puis lâche d'un coup aux plis.
Le verdict
La toile gagne pour un sac de saison, porté d'avril à septembre, chargé de choses volumineuses et légères. La lectrice type est celle qui possède déjà un sac principal et cherche un second volume pour l'été, et qui préfère un sac qui se lave à un sac qui se protège.
Le simili cuir PU gagne pour le sac unique, porté toute l'année, sorti par tous les temps et attendu net au bureau comme le soir. La lectrice type est celle qui n'a pas envie de changer de sac selon la météo et accepte quelques centaines de grammes de plus pour une forme qui ne s'affaisse pas. C'est le cas de figure que couvrent les sacs en simili cuir PU de la boutique ; sur les portefeuilles et la petite maroquinerie, le poids devient négligeable et la tenue prime presque toujours.
Un cas où aucune ne gagne : le sac porté en vélo, exposé au frottement continu et à la pluie battante. La toile s'y détrempe, le PU s'y raye et se plie au même endroit. Là, c'est le format qu'il faut revoir, pas la matière.