Un sac contemporain n'est plus une peau : c'est un assemblage. Un support textile, une couche de polymère, une doublure, des colles, des fils, de la quincaillerie moulée — chacun avec son vocabulaire, ses essais et sa façon de vieillir. Ce guide rassemble ce vocabulaire pour les matières véganes et textiles de la maroquinerie : ce qu'elles sont, comment on les reconnaît, ce qui les use, et ce que les fiches commerciales disent ou taisent.
Le premier obstacle est le langage. Le commerce a pris l'habitude d'appeler « cuir vegan » une matière qui n'a rien d'un cuir : un tissu enduit d'un polymère, le plus souvent un polyuréthane. En France, le décret 2010-29 réserve le mot « cuir », seul ou en composition, aux matières issues de la peau animale ayant conservé sa structure fibreuse. Une matière synthétique ne peut donc pas porter ce mot, même flanquée d'un adjectif rassurant. Les articles Maison Tanger se désignent pour cette raison simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale : formule plus longue, mais exacte. La règle vaut aussi pour les alternatives bio-sourcées — « cuir de cactus », « cuir d'ananas » sont des raccourcis marketing, pas des désignations conformes.
Le second obstacle est la confusion entre structure, fibre et finition. Un satin est une armure, une manière d'entrecroiser les fils, jamais une fibre. Un grain croco est un motif pressé à chaud, pas une peau exotique. Un aspect nubuck peut être un ponçage de peau animale comme une microfibre floquée. Séparer ces trois plans suffit à décoder presque toutes les fiches produit du secteur. Pour le vocabulaire des pièces d'un sac, voir l'anatomie d'un sac et ses composants ; pour une lecture alphabétique, le glossaire complet de la maroquinerie (A–Z). À côté de ces définitions, ce guide ouvre une série de comparatifs deux à deux — matière contre matière, fermeture contre fermeture — destinés à trancher un choix concret plutôt qu'à nommer une notion.
Cuir, simili et cadre réglementaire
Ces définitions commandent toutes les autres : ce qu'est un cuir au sens de la loi, ce qu'est un simili, comment nommer sans induire en erreur.
- le simili cuir — support textile plus enduction polymère, jamais un cuir.
- le décret 2010-29 — le texte qui réserve le mot « cuir » à l'animal.
- le polyuréthane (PU) — le polymère d'enduction de nos matières.
- l'enduction — la couche déposée, et le piège de l'épaisseur annoncée.
- le support textile — l'envers, qui décide de la solidité réelle.
- la pleine fleur — surface non poncée d'une peau, expression souvent détournée.
- la croûte de cuir — couche inférieure du derme, fragile et pigmentée.
- le cuir reconstitué — fibres de peau broyées et agglomérées à un liant.
- la fleur corrigée — peau poncée puis regrainée : régularité n'est pas qualité.
- le nappa — fini souple d'agneau ou de veau, beaucoup imité.
- le tannage au chrome — chrome III, à ne pas confondre avec le chrome VI.
- le tannage végétal — un procédé végétal appliqué à une peau animale.
Les polyuréthanes et les autres polymères
La nature du polymère et son procédé de mise en œuvre décident de la souplesse, de la tenue au froid et de la durée de vie.
- le polyuréthane aqueux — enduction sans solvant DMF, pas forcément plus durable.
- le PVC — plus raide au froid, plus sujet au jaunissement.
- le TPU — matière massive thermoformable, non une enduction.
- le plastifiant — l'additif qui assouplit le PVC et ne reste pas.
- le diméthylformamide (DMF) — solvant historique de l'enduction, suivi au titre de REACH.
- le calandrage — mise en feuille entre cylindres chauds, faible en lisière.
- l'enduction directe — application à la racle ; le grain imprimé s'efface vite.
- l'enduction par transfert — papier siliconé gaufré : grain net, main souple.
- la microfibre — non-tissé ultrafin imprégné de PU, le haut de gamme.
- le non-tissé — nappe de fibres liées sans tissage ni tricotage.
- la thermosoudure — assemblage sans couture, fragile si la soudure surchauffe.
Les matières bio-sourcées et les alternatives
Elles associent presque toujours une charge végétale ou fongique à une résine et à un support textile.
- le Desserto — nopal et résine PU, à ne pas dire « cuir de cactus ».
- le Piñatex — fibres d'ananas liées et enduites, donc non biodégradables.
- le mycélium — cultivé puis enduit ; volumes industriels encore rares.
- le lyocell — cellulose régénérée en circuit fermé, nom générique.
- l'Ecopel — fausse fourrure : juger densité et ancrage, pas le toucher.
Les grains, les finitions et les aspects de surface
Le grain et la finition font ce que l'œil perçoit, et une bonne part de ce que la matière supportera.
- le grain lisse — belle couleur, faible tolérance aux rayures.
- le grain grainé — relief qui masque les micro-rayures, sans être plus épais.
- le grain saffiano — croisillon gaufré dont les arêtes se lustrent.
- le grain croco façonné — motif pressé à chaud, aucune peau exotique.
- la finition mate — agents matants ; elle dissimule mieux le lustrage.
- la finition vernie — surface fermée, sensible au transfert d'un jean.
- la finition métallisée — pigments ou film, écaillage aux pliures.
- la finition nubuck — ponçage de la face fleur, distinct du suédé.
- l'aspect suédé — microfibre ou flocage, velouté et marquant à l'eau.
- le flocage — fibres courtes déposées, qui se raréfient au frottement.
- le toucher pêche — finish émerisé des doublures et similis suédés.
- le vernis de finition — la couche qui porte vraiment la résistance.
- la teinture en masse — colorer à cœur, ce que peu de matières font.
- la tranche peinte — finition des chants ; son écaillage est un usage normal.
Les textiles, les armures et les doublures
Doublure, entoilage et apprêts décident de la tenue d'un sac ; et les armures portent des noms que l'on confond avec des fibres.
- l'armure toile — l'entrecroisement le plus simple, souvent le plus solide.
- l'armure sergé — des côtes diagonales tissées, jamais imprimées.
- l'armure satin — flottés longs qui font le brillant : une structure.
- le satin de polyester — une armure satin en fibre polyester, dite comme telle.
- le jacquard — motif inscrit dans la structure, lisible à l'envers.
- le crêpe — fils surtordus, surface granuleuse, sujette au retrait.
- la mousseline — très légère ; elle se lustre à fer trop chaud.
- le taffetas — serré et bruissant, il garde les marques de pliage.
- le velours — un sens de poil à respecter à la coupe.
- la dentelle Chantilly — fond tulle et motifs cernés, pas toute dentelle noire.
- la viscose — cellulose régénérée, très affaiblie à l'état mouillé.
- le polyamide — résistant à l'abrasion, jaunissant sous UV.
- la doublure polyester — rôle structurel ; trop fine, elle déchire aux angles.
- l'entoilage thermocollant — rigidifie un panneau, cloque si le fer chauffe trop.
- l'apprêt — modifie la main et la tenue, parfois temporairement.
- le fil métallisé (lurex) — âme polyester qui ternit au fer direct.
- le grammage — une masse surfacique, pas un indice de solidité.
- le denier — masse de 9 000 mètres de fil, à convertir en décitex.
Les colles, les fils et la quincaillerie
Une pièce cède rarement au milieu d'un panneau : elle cède à un assemblage.
- la colle polyuréthane — rempliage et contrecollage, ramollie par les solvants.
- l'adhésif sans solvant — « sans solvant » et « sans colle animale » diffèrent.
- le fil à coudre polyester — la couture cède surtout par arrachement de matière.
- le fil polyester guipé — âme gainée, plus tenace qu'un fil simple.
- le zamak — alliage moulé, souvent pris pour du laiton massif.
- la libération de nickel — limite REACH au contact prolongé, dorure comprise.
- l'essai au brouillard salin — corrosion du métal ; rincer reste nécessaire.
- le ternissement des métaux — oxydation ou usure du placage, qu'un abrasif détruit.
Les traitements de protection
- le traitement déperlant — il s'use au frottement et demande une réactivation.
- les PFAS des déperlants — composés fluorés restreints, et leurs alternatives.
Les essais et les échelles de mesure
Un chiffre de fiche technique ne veut rien dire hors de son protocole.
- l'essai Martindale — abrasion en cycles selon l'ISO 12947, à abrasif comparable.
- l'essai de flexion Bally — flexions avant fissure, à mener aussi à froid.
- le test Crockmeter — couleur au frottement, à sec et surtout en humide.
- le test d'adhérence — pelage entre enduction et support, rarement demandé.
- l'échelle des gris — note de 1 à 5 la dégradation et le dégorgement.
- l'échelle des bleus — de 1 à 8 pour la lumière, chaque degré doublant l'exposition.
- la solidité au frottement — les teintes très foncées plafonnent structurellement.
- la tenue à la lumière — un protocole, et l'intérêt d'une zone témoin.
- la résistance à la déchirure — portée par le support, non par l'épaisseur.
- la résistance à la traction — charge de rupture, à mesurer aussi sur la couture.
- le vieillissement accéléré — étuve chaude et humide, sans extrapolation exacte.
Les défauts, l'usure et le vieillissement
Une matière enduite ne patine pas : elle se fissure, se décolle ou se raidit. Reconnaître le stade exact évite les gestes qui aggravent.
- l'abrasion — usure par frottement, concentrée aux angles et au fond.
- la craquelure — fissuration traversante ; les produits gras n'y font rien.
- le faïençage — microfissures en fines mailles, stade antérieur.
- l'écaillage — départ de la finition en plaques, d'origine abrasive.
- le délaminage — l'enduction se décolle du support, sans réparation.
- la casse de pliure — rupture le long d'un pli répété : ne pas ranger plié.
- le fluage — allongement irréversible d'un sac laissé chargé et suspendu.
- l'hydrolyse — rupture des chaînes PU, accélérée en sac plastique fermé.
- la photo-oxydation — lumière et oxygène, éclairage artificiel compris.
- le jaunissement UV — écart de teinte des clairs exposés près d'une fenêtre.
- l'efflorescence — voile blanchâtre d'additif, pris pour de la moisissure.
- la moisissure — développement fongique favorisé par la housse étanche.
- l'auréole d'eau — séchage inégal ; le sèche-cheveux fixe le contour.
- le dégorgement — colorant non fixé libéré au contact humide.
- le transfert de couleur — migration d'une teinture, souvent rattrapable vite.
- le boulochage — boules de fibres rompues, à couper et non arracher.
- l'accroc et le filage — fil tiré à repousser sur l'envers.
- le rétrécissement au lavage — retrait lié à la fibre et à l'armure.
- la migration de plastifiant — surface d'abord poisseuse, puis cassante.
Les labels, les étiquettes et les documents
Un référentiel ne certifie que ce qu'il couvre.
- le GOTS — textiles biologiques : inapplicable à une matière synthétique.
- le GRS — traçabilité du recyclé, pourcentage et chaîne documentés.
- l'analyse de cycle de vie — des frontières de système, sans quoi rien n'est comparable.
- l'étiquette de composition — pourcentages par fibre, mention obligatoire.
- l'étiquette d'entretien — un traitement maximal supporté, pas un conseil.
Comparer les matières, les grains et les finitions
Nommer une matière ne suffit pas à choisir : il faut savoir ce que l'on perd en gagnant autre chose. Ces comparatifs opposent deux options à la fois et dégagent le critère qui tranche vraiment, plutôt que de désigner un vainqueur universel. Ils couvrent les grandes familles de supports comme les aspects de surface.
- Simili cuir PU ou cuir animal — le décret 2010-29 interdit d'appeler cuir un polyuréthane, et arbitre longévité contre absence de matière animale.
- PU ou PVC — le PU reste souple et respirant, le PVC plus rigide, moins cher, mais cassant au froid.
- Simili cuir PU ou microfibre — la microfibre encaisse mieux frottement et hydrolyse, le PU offre rendu grainé et coût maîtrisé.
- Liège ou simili cuir PU — le liège est léger, hydrophobe et veiné, le PU couvre une palette de couleurs plus large.
- Matière cactus ou matière pomme — deux charges végétales liées au polyuréthane ; seul le taux de bio-source documenté les départage.
- Toile coton ou simili cuir PU — la toile est légère et lavable, le PU tient sa forme et supporte mieux la pluie.
- Raphia ou jute — le raphia se tresse fin et reste souple, le jute porte plus lourd mais râpe.
- Tannage végétal ou tannage au chrome — deux procédés réservés au cuir animal : patine et rigidité contre souplesse, couleur et stabilité.
- Grain grainé ou grain nappa — le grainé structure et dissimule l'usure, le nappa tombe plus souplement mais marque les plis.
- Grain saffiano ou grain lisse — le croisillon saffiano masque les rayures, le lisse rend plus habillé mais marque au contact.
- Finition mate ou brillante — la mate masque les micro-griffures mais retient les traces, la brillante révèle chaque rayure.
- Verni ou nubuck synthétique — le verni est imperméable mais craint le froid, le nubuck synthétique boit les liquides.
Comparer les fermetures, la quincaillerie et le portage
Un sac cède presque toujours à un point de fermeture ou d'attache, rarement au milieu d'un panneau. Ces comparatifs mettent face à face les organes mobiles et les pièces métalliques, là où le choix se paie en réparabilité. L'anse et la bandoulière y figurent aussi : ce sont les pièces qui reçoivent la charge.
- Zip ou fermoir aimanté — le zip ferme entièrement et dissuade, l'aimant s'ouvre d'un geste en laissant une ouverture partielle.
- Zip métal ou zip nylon — le métal encaisse la charge et se répare, le nylon coulisse mieux et pèse moins.
- Fermoir tournant ou fermoir clip — le tournant se démonte pièce par pièce, le clip se ferme vite mais fatigue son ressort.
- Bouton pression ou boucle à ardillon — la pression va vite mais mollit, l'ardillon règle au centimètre et dure indéfiniment.
- Cordon de serrage ou rabat — le cordon épouse un volume variable, le rabat protège mieux de la pluie et structure.
- Mousqueton ou anneau fixe — le mousqueton rend le sac modulable, l'anneau supprime le ressort mais fige la configuration.
- Laiton ou alliage de zinc — le laiton est dense, réparable et sans rouille, le zinc moule des formes mais casse.
- Placage galvanique ou métal massif — quelques microns de finition qui s'usent aux frottements, contre une teinte tenue mais plus lourde.
- Quincaillerie dorée ou noire — la dorée signe une allure habillée, la noire se fond et pardonne les micro-rayures.
- Anse rivetée ou anse cousue — le rivet tient un cabas chargé et se remplace, la couture convient aux sacs légers.
- Bandoulière fixe ou amovible — la fixe supprime mousquetons et anneaux, l'amovible transforme le sac et se remplace seule.
- Bandoulière chaîne ou sangle textile — la chaîne habille une soirée, la sangle répartit la charge sur une journée entière.
Comparer les doublures, les renforts et les finitions d'assemblage
Ce qui ne se voit pas décide de la tenue d'un sac autant que sa matière extérieure. Doublure, renfort intérieur, traitement des bords et des coutures fixent la ligne, la protection du contenu et l'endroit où l'usure apparaîtra d'abord. Ces comparatifs éclairent ces arbitrages de construction.
- Doublure polyester ou doublure coton — le polyester glisse et sèche vite, le coton respire et se recoud mais absorbe les taches.
- Doublure suédine ou doublure satinée — la suédine retient lunettes et téléphone, la satinée fait glisser la main mais file.
- Renfort carton ou renfort mousse — le carton donne des arêtes nettes mais craint l'humidité, la mousse amortit les chocs.
- Couture surpiquée ou bord franc — la surpiqûre double la tenue aux zones de traction, le bord franc allège la silhouette.
- Tranche peinte ou tranche repliée — la peinte donne un chant fin mais s'écaille, la repliée résiste mieux en épaississant.
- Fond clouté ou fond plat — les clous surélèvent le sac et retardent l'usure, le fond plat garde la ligne.
Comment s'en servir
Ces entrées servent à lire une fiche technique et un article réel. Une enduction PU de qualité tient trois à cinq ans d'usage courant, selon la sollicitation, la lumière reçue et les conditions de rangement : l'hydrolyse, la photo-oxydation et l'abrasion expliquent pourquoi la fourchette varie autant. Les descriptions des sacs en simili cuir végane et des portefeuilles et petite maroquinerie emploient exactement ce vocabulaire : support, enduction, grain, finition, quincaillerie.
Voir ces pièces en boutique
Les rayons ci-dessous rassemblent les articles décrits avec ce vocabulaire. Les fiches produit y reprennent les mêmes termes : support, enduction, grain, finition, quincaillerie. Les matières et les assemblages nommés plus haut s'y retrouvent pièce par pièce.
- sacs en simili cuir PU — sacs en polyuréthane sans matière animale, grains et finitions variés.
- tous les sacs — l'ensemble des formes de portage, du cabas à la pochette.
- accessoires — portefeuilles, pochettes et petite maroquinerie assortie au reste du vestiaire.