La sparterie désigne le travail des fibres végétales tressées — alfa, jonc, roseau, palmier nain — pour produire nattes, paniers, cordages et objets du quotidien. Au Maroc, elle compte parmi les artisanats les plus anciens et les plus répandus, présente aussi bien dans les campagnes que dans les médinas.
Discrète parce que faite de matériaux modestes, la sparterie occupe pourtant une place fondatrice dans l'artisanat marocain, ses techniques et ses villes : elle équipe la maison, la mosquée et le marché depuis des siècles.
Trois fibres à ne pas confondre
L'alfa est une graminée des steppes semi-arides, récoltée notamment sur les hauts plateaux de l'Oriental. Sa fibre sèche, fine et nerveuse, se prête aux cordages, aux nattes et aux objets qui doivent rester rigides ; elle a aussi servi de matière première papetière. Le jonc, lui, pousse dans les zones humides, au bord des oueds et des marais : plus souple, plus lisse, il donne des tressages fins et réguliers, appréciés pour les nattes de qualité. Le roseau, enfin, fournit des tiges creuses et rigides utilisées en armature, en clôture ou en plafonnage traditionnel. À ces trois fibres s'ajoute le palmier nain, dont les feuilles (le doum) alimentent une vannerie paysanne très courante : couffins, chapeaux, cordelettes. Distinguer ces matières, c'est déjà lire un objet : un couffin de doum, une natte de jonc et une corde d'alfa ne racontent ni la même région ni le même geste.
La pratique : tresser, coudre, natter
Le principe technique est partout le même : la fibre, séchée puis parfois humidifiée pour redevenir souple, est tressée en longues bandes ou en torons, ensuite cousus ou assemblés en spirale. Les nattes destinées aux mosquées et aux maisons demandent des métiers de basse lisse et un travail réglé, avec des motifs géométriques obtenus par fibres teintes ; la ville de Salé est traditionnellement citée parmi les centres réputés de natterie. La vannerie de panier, elle, reste souvent un travail rural ou semi-rural, écoulé sur les souks hebdomadaires. Comme les autres métiers urbains, la sparterie a connu l'encadrement corporatif : l'organisation des métiers autour de l'amine et de la hanta réglait les usages, et la transmission passait par l'apprentissage en atelier auprès d'un mtaalem, comme pour le cuir ou le métal. Sur les souks, ces objets de fibre côtoyaient d'ailleurs des productions bien plus précieuses, telles les parures amazighes d'ambre et de corail : l'artisanat marocain a toujours fait coexister le modeste et le somptueux.
Ce qu'on observe aujourd'hui
Le couffin marocain est devenu un objet de mode international, souvent revisité avec anses gainées, pompons ou broderies, et la natterie fine cherche de nouveaux débouchés dans la décoration. Cette visibilité nouvelle pose les questions habituelles de crédit et de juste rémunération des ateliers, au cœur du débat sur l'inspiration et l'appropriation dans l'artisanat marocain. Elle fragilise aussi parfois la ressource : la récolte de l'alfa et du doum dépend d'écosystèmes semi-arides sensibles, et les pratiques de cueillette varient selon les régions.
Le regard Maison Tanger
Maison Tanger ne produit pas de sparterie, mais ce répertoire nous instruit : rythmes du tressage, honnêteté des matériaux, beauté des objets d'usage. Nos sacs marocains en simili cuir PU reprennent parfois des jeux de texture inspirés du tressage, et nos caftans et robes marocaines s'accordent naturellement avec ces objets de fibre qui habillent l'été. L'hommage s'arrête là où commencerait la confusion : nos matières sont contemporaines et déclarées comme telles.