Tarz fassi : définition et origine

Le tarz fassi est la broderie de Fès, exécutée en un seul coloris — bleu, rouge ou noir — sur une toile écrue, comptée sur les fils du tissu et réversible, c'est-à-dire identique sur l'endroit et sur l'envers.

Elle relève du linge de maison et du trousseau plutôt que du vêtement : nappes, bandes de rideau, taies, tentures de cérémonie. Le guide du vestiaire marocain la range parmi les savoir-faire d'ornement qui accompagnent le costume sans s'y confondre.

Comment on la reconnaît

Trois signes suffisent. D'abord la monochromie : un seul fil coloré, jamais de dégradé. Ensuite la géométrie : entrelacs, étoiles, rosaces et bandes réglées se construisent en comptant les fils de trame et de chaîne, ce qui interdit la courbe libre. Enfin la réversibilité, obtenue par le point employé — le terz el-ghorza, point compté caractéristique des ateliers fassis. Une pièce dont l'envers montre des reports de fil et des nœuds n'est pas un tarz fassi.

La confusion avec la broderie de Rabat

C'est l'erreur la plus fréquente : ranger sous un même nom toutes les broderies citadines marocaines. Le tarz rbati est son exact contraire — polychrome, au point plat, à répertoire floral déployé en bouquets et en rinceaux, avec des courbes que la technique comptée ne permet pas. Là où Fès raisonne en grille, Rabat dessine. Une troisième voie existe au nord avec la broderie tétouanaise, marquée par l'héritage andalou de Tétouan. Ces trois écoles se distinguent d'abord par le nombre de couleurs et par la nature du tracé.

Ce que cela change

Une broderie comptée se répare : le décor étant réglé sur les fils du support, une reprise peut être reconstituée à l'identique. Une broderie libre, elle, dépend de la main qui l'a faite. La réversibilité a une conséquence pratique : une bande de tarz fassi peut être montée dans un sens ou dans l'autre, et un rideau brodé se lit des deux côtés.

Ce répertoire géométrique appartient à la tradition urbaine de Fès, distincte des signes ruraux gravés dans la peau du tatouage amazigh, dont les motifs se rapprochent pourtant par la géométrie. On retrouve ces jeux de trame dans les finitions de nos caftans et robes marocaines.

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