La dynastie alaouite règne sur le Maroc depuis le XVIIe siècle, et c'est au cours de cette longue période — en particulier dans ses derniers siècles, mieux documentés — que le caftan citadin marocain prend les formes codifiées qu'on lui connaît : coupe ample, étoffes riches, passementerie et broderies d'apparat, portées d'abord à la cour puis dans les bourgeoisies urbaines.
Cette page couvre la période la mieux documentée de notre dossier sur le vestiaire marocain, du caftan à la jellaba : celle où les sources deviennent enfin assez denses pour suivre les évolutions.
Avant les Alaouites : un arrière-plan lacunaire
Pour mesurer ce que la période alaouite apporte, il faut rappeler d'où l'on vient : ce que l'on sait du vêtement de cour à l'époque mérinide tient à des mentions éparses, et le caftan sous les Saadiens se reconstitue à partir de sources rares, essentiellement liées au faste de la cour. À partir de la période alaouite, en revanche, les récits de voyageurs, les inventaires, puis les pièces conservées et enfin la photographie au XIXe siècle offrent une documentation croissante. C'est un point de méthode essentiel : la période alaouite n'est pas nécessairement celle où le caftan « naît », c'est celle où on le voit — et cette nuance interdit les chronologies trop assurées sur ce qui précède.
La codification des formes citadines
Sur cette période documentée, on observe la fixation progressive d'un type citadin : vêtement long et ample, ouvert sur le devant, fermé par une ligne de boutons façonnés, bordé de passementerie, taillé dans des étoffes de prix — velours, brocarts, soieries d'époque. Les grandes villes développent leurs signatures : Fès et sa broderie d'apparat, Rabat et Salé avec le caftan rbati, signature vestimentaire des deux rives du Bouregreg. Les ateliers urbains — tisserands, passementiers, brodeuses, boutonniers — forment l'infrastructure de cette codification : un caftan de cérémonie est un objet collectif, où chaque corps de métier signe un détail. Dater finement chaque évolution reste délicat : les pièces conservées les plus nombreuses sont tardives, et les descriptions anciennes manquent de précision technique.
La diffusion hors de la cour
Le second mouvement de la période est social : parti des cours et des grandes maisons, le caftan d'apparat se diffuse dans les bourgeoisies urbaines, puis bien au-delà. Le mariage devient son théâtre principal : la tenue de cérémonie cesse d'être un privilège de cour pour devenir un idéal accessible — par l'achat, la location ou la transmission familiale. Ce mouvement se poursuit aujourd'hui, jusqu'aux podiums et aux gardes-robes de la diaspora, et il explique l'attachement collectif dont le caftan fait l'objet — attachement qui nourrit aussi les revendications patrimoniales autour du caftan au Maghreb. Le vêtement de fête marocain est devenu un bien commun, et c'est précisément pour cela que son histoire est disputée.
Le regard de Maison Tanger
De cette période, Maison Tanger retient l'idée d'un luxe qui se démocratise sans se dissoudre : des codes clairs — la verticale des boutons, la bordure, l'ampleur — qui survivent au changement d'époque et de matières. Nos caftans et robes marocaines reprennent ces codes dans des tissus contemporains, et nos accessoires en simili cuir PU (polyuréthane, sans matière animale) accompagnent ces tenues sans chercher à imiter les matières historiques.