La dinanderie désigne le travail du cuivre et du laiton martelés pour produire plateaux, théières, lanternes, bassines et objets décoratifs. À Fès, ce métier est concentré depuis des siècles autour de la place Seffarine, dans la médina, où le son des marteaux sur le métal fait partie de l'identité sonore de la ville.
La dinanderie est l'un des piliers de l'artisanat marocain, de ses techniques et de ses villes : un métier urbain, organisé, dont la production a longtemps équipé les cuisines, les hammams et les cérémonies de tout le pays.
Un métier organisé au cœur de la médina
Le nom de la place Seffarine vient du mot arabe désignant les artisans du métal jaune. Le quartier fonctionne historiquement comme un espace de corporation : ateliers regroupés, apprentissage auprès d'un maalem, spécialisations par type d'objet, et proximité immédiate des fondeurs et des marchands de métal. Cette organisation par quartier de métier est typique de Fès, où elle vaut aussi pour d'autres artisanats comme les tisserands et la draperie urbaine : la ville ancienne est une carte des métiers.
Repoussage, ciselure, étamage : les gestes
Le dinandier part le plus souvent d'une feuille de métal — cuivre rouge ou laiton jaune — qu'il met en forme par martelage sur des enclumes et des formes en bois ou en métal. Le repoussage crée les volumes en travaillant la feuille par l'arrière ; la ciselure dessine ensuite les motifs par l'avant, à la pointe et au petit marteau : entrelacs, polygones étoilés, calligraphies. Vient parfois l'ajourage, qui perce le métal pour les lanternes et leurs jeux d'ombre. Pour les objets destinés au contact alimentaire, l'intérieur en cuivre est traditionnellement étamé — recouvert d'une fine couche d'étain — afin d'éviter tout contact direct entre le métal et la nourriture ; le rétamage périodique faisait vivre des artisans ambulants. Le vocabulaire décoratif est le même que celui des autres arts de la ville : le dinandier cisèle sur le métal ce que le brodeur trace au fil métallique skalli sur l'étoffe.
Des débouchés qui se déplacent
Les usages domestiques anciens — bassines de hammam, plateaux à thé, chaudrons de mariage — reculent devant l'inox et l'aluminium industriels. Le métier s'est donc déplacé : décoration intérieure, luminaires pour les riads et les hôtels, commandes de restauration du patrimoine, et vente aux visiteurs. Ce déplacement rappelle celui d'autres savoir-faire du royaume, du cuir filali du Tafilalet aux parures d'argent du Sud dont les fibules amazighes sont l'exemple le plus connu : l'objet garde sa forme, mais change de destinataire. La question de la relève se pose ici comme ailleurs — le martelage est long, physique, et la concurrence des copies embouties à la machine tire les prix vers le bas.
Le regard Maison Tanger
La dinanderie nous apprend le juste rapport au métal : un éclat qui vaut par contraste avec une surface mate, des motifs gravés plutôt que rapportés. C'est l'esprit des boucles et fermoirs dorés de nos sacs marocains en simili cuir PU : peu de pièces métalliques, mais dessinées, posées comme le dinandier pose un motif — au service de l'usage d'abord. L'ornement de Seffarine se mérite ; nous préférons le citer avec retenue que l'imiter en surface.