La mansouria est une pièce de dessus transparente ou très légère, coupée comme un second caftan, que le costume citadin marocain superpose au caftan lors des grandes occasions. Sa transparence laisse voir l'étoffe du dessous : elle ne cache pas le vêtement, elle le met en profondeur.
C'est l'une des pièces qui illustrent le principe central de tout le vestiaire marocain, du caftan à la takchita : l'élégance par superposition, chaque couche ayant sa fonction propre.
Une origine attribuée, un usage citadin
Une tradition répandue rattache le nom de la mansouria au sultan saadien Ahmed al-Mansour, qui régna à la fin du XVIe siècle, et dont la cour est restée associée au faste vestimentaire ; le vêtement de dessus léger porté sur le caftan aurait été adopté et diffusé à cette époque. Comme souvent en histoire du costume, cette attribution est vraisemblable sans être strictement documentée pièce en main : ce qui est établi, c'est l'ancienneté de la superposition d'une couche transparente sur le caftan dans les villes marocaines, et la constance de cet usage dans les tenues d'apparat jusqu'à aujourd'hui.
Matières et façon
La mansouria demande des étoffes fines et tenues à la fois : historiquement des gazes et mousselines, y compris de soie dans les milieux fortunés, aujourd'hui le plus souvent des voiles et mousselines de fibres diverses. La coupe suit celle du caftan — longue, ouverte ou fermée devant selon les modèles — et la pièce reste volontairement peu ornée, pour ne pas concurrencer ce qu'elle recouvre. L'ensemble se structure à la taille : la superposition est traditionnellement ceinturée, autrefois par des ceintures de cérémonie comme la mdamma brodée au fil métallique, qui plaque les deux couches et dessine la silhouette. Les usages varient selon les régions et les milieux — couleurs, degré de transparence, moment où la pièce se porte — et toute description trop uniforme du rituel serait abusive.
Ce qu'on observe aujourd'hui
La logique de la mansouria vit toujours, parfois sous d'autres noms : la takchita contemporaine, avec sa robe de fond et sa robe de dessus souvent transparente ou ajourée, en reprend exactement le principe. Dans le mariage, c'est la négafa, orchestratrice des tenues de la mariée, qui compose ces superpositions et en connaît les codes. La pièce appartient au costume citadin : elle n'a rien à voir avec les drapés d'autres régions du pays, comme la melhfa sahraouie, qui répond à une toute autre logique vestimentaire. Les belles mansourias anciennes figurent dans les collections de costume, et le goût des couturiers pour ces transparences superposées — visible jusque dans les collections présentées autour du musée Yves Saint Laurent Marrakech — a contribué à faire connaître ce principe hors du Maroc.
Le regard Maison Tanger
La mansouria nous rappelle qu'une tenue gagne à être pensée en couches : une base, une couche légère, un point de structure. Nos caftans et robes marocaines se prêtent à ces superpositions contemporaines — un voile, une veste légère — et un accessoire net suffit alors à ancrer l'ensemble, comme l'un de nos sacs marocains en simili cuir PU. Nous n'imitons pas la pièce historique : nous en retenons la leçon de légèreté.