Le tapis de Rabat : un tapis citadin à noeuds et à bordures

Le tapis de Rabat est un tapis citadin marocain à points noués, organisé autour d'un champ central à médaillon et encadré de bordures multiples. Produit historiquement dans les ateliers de Rabat et de sa région, il forme, avec quelques autres productions urbaines, le versant « de ville » du tapis marocain, distinct des tissages ruraux de l'Atlas et du Sud.

Dans le paysage des techniques et savoir-faire de l'artisanat marocain, il occupe une position précise : celle d'un artisanat d'atelier, à modèles transmis et à vocabulaire codifié, là où le tissage rural relève d'une pratique domestique plus libre.

Un tapis d'ateliers et de modèles transmis

La production du tapis de Rabat repose traditionnellement sur le travail de tisseuses, en atelier ou à domicile, encadré par des maalmas — maîtresses tisseuses — qui transmettent les modèles et surveillent la régularité du nouage. Le tapis y est un produit destiné à l'équipement des maisons citadines et à la vente, ce qui suppose des formats, des compositions et des niveaux de finition attendus. Au XXe siècle, un système public de contrôle et d'estampillage a encadré une partie de la production marocaine, signe du statut commercial de ces tapis.

Médaillon, champ et bordures : une grammaire reconnaissable

La composition classique associe un champ rectangulaire dominé par un médaillon central — souvent hexagonal ou en losange étagé — et une succession de bordures concentriques, parfois nombreuses, qui referment le décor. La palette historique privilégie les rouges pour le fond, avec des bleus, des verts et des jaunes pour les motifs ; les bleus anciens doivent beaucoup à la teinture à la cuve d'indigo, avant la généralisation des colorants de synthèse.

Cette grammaire tranche avec les tissages ruraux : les tapis à bandes du Sud, comme les tapis Ouaouzguite de la région de Taznakht, mobilisent un répertoire de signes géométriques qui circule aussi sur d'autres supports — la poterie, le bijou, et autrefois la peau, comme le rappelle le tatouage féminin amazigh. Le tapis de Rabat, lui, parle la langue des tapis d'apparat à médaillon.

Des filiations orientales discutées

La ressemblance du tapis de Rabat avec des tapis d'Anatolie et du monde ottoman — médaillon central, bordures étagées, palette — a nourri plusieurs hypothèses : influence de tapis importés circulant dans les demeures citadines, apports de populations arrivées d'Orient ou d'al-Andalus, imitation volontaire de modèles prestigieux. Ces pistes ne s'excluent pas, et aucune ne fait l'objet d'un consensus définitif. Le plus prudent est de dire que le tapis de Rabat appartient à une famille méditerranéenne et orientale de tapis à médaillon, tout en ayant développé un vocabulaire propre.

Ce qu'on observe aujourd'hui

La production se poursuit à Rabat-Salé et dans d'autres villes, entre ateliers privés, coopératives et commandes institutionnelles, face à la concurrence des tapis mécaniques. Comme d'autres artisanats urbains — on pense à la marqueterie de thuya d'Essaouira — le tapis de Rabat dépend à la fois d'un marché intérieur attaché à ses codes et d'une clientèle de passage qui en connaît rarement la grammaire. Les pièces anciennes, elles, sont recherchées par les collectionneurs et présentes dans les musées.

Le regard Maison Tanger

Ce que retient une maison de maroquinerie végane comme la nôtre, ce n'est pas le motif — nous ne reproduisons pas de médaillon — mais la leçon de composition : un centre affirmé, des bordures qui tiennent l'ensemble, une palette disciplinée. Nos sacs en simili cuir PU jouent de ce même équilibre entre un corps simple et des finitions qui cadrent la silhouette ; on en trouve l'esprit dans la collection de sacs d'inspiration marocaine et, côté vestiaire, dans les caftans et robes marocaines.

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