Le thuya d'Essaouira : marqueterie et ressource sous pression

Le thuya de Barbarie, appelé arar en arabe, est un conifère d'Afrique du Nord dont le bois — et surtout la loupe, excroissance au veinage dense et moucheté qui se développe à la base du tronc — est la matière emblématique de la marqueterie d'Essaouira, sur la côte atlantique marocaine.

Cette filière occupe une place singulière parmi les savoir-faire de l'artisanat marocain : c'est l'un des rares grands artisanats du pays adossé à une essence locale précise, ce qui fait à la fois sa force et sa fragilité.

L'arbre, la loupe et la ville

Le thuya de Barbarie pousse notamment dans les forêts de l'arrière-pays d'Essaouira. Le tronc fournit un bois rougeâtre ; la loupe, partie la plus recherchée, offre une fois débitée et polie un dessin tourbillonnant de nœuds sombres, impossible à confondre. Essaouira a développé autour de cette matière une spécialité d'ébénisterie et de petits objets — coffrets, boîtes, plateaux, jeux — qui s'est affirmée comme l'un des artisanats identitaires de la ville, largement tourné vers les visiteurs.

La marqueterie : incruster, coller, polir

La technique associe le thuya à des matières de contraste : filets et motifs de citronnier clair, touches de nacre, parfois d'autres bois sombres. L'artisan débite, assemble et incruste, puis ponce et polit jusqu'à obtenir le brillant caractéristique. La qualité se juge à la régularité des incrustations, à l'ajustement des couvercles et au soin des intérieurs — critères que le tout-venant touristique néglige souvent. C'est un artisanat urbain d'atelier et d'échoppe, comme le zellige l'est pour la céramique architecturale, à bonne distance des productions domestiques rurales comme la sparterie d'alfa et de jonc.

Une ressource sous pression

Le prélèvement de la loupe est le point sensible : l'arracher revient souvent à condamner l'arbre, et la demande a accru la pression sur les peuplements. La forêt de thuya fait l'objet d'une gestion forestière publique et d'initiatives de replantation et d'organisation de la filière, mais l'équilibre entre récolte et régénération reste un sujet de préoccupation documenté. Quant au statut de protection exact de l'espèce, la prudence s'impose : plutôt que d'affirmer un classement précis, retenons que la ressource est considérée comme sous pression et que la filière en dépend entièrement. Beaucoup d'artisans valorisent désormais les chutes et les bois de branche. Sur les étals, les boîtes de thuya voisinent avec les bijoux anciens — ambre, corail et coquillage des parures amazighes — et l'artisanat s'affiche volontiers comme emblème identitaire, au même titre que l'écriture tifinagh sur les frontons publics.

Le regard Maison Tanger

Le thuya rappelle qu'une matière peut faire un artisanat — et qu'une matière limitée oblige. Maison Tanger a fait un autre choix : le simili cuir PU, sans matière animale, qui ne mobilise ni forêt ni élevage et dont un exemplaire de qualité accompagne trois à cinq ans d'usage régulier. Le veinage du thuya, lui, reste une leçon de dessin : c'est la matière qui décore, pas l'ornement ajouté — un principe que l'on retrouve dans les grains et textures de nos sacs d'inspiration marocaine.

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