Mesurer son pied correctement consiste à tracer le contour des deux pieds, debout et en appui, en fin de journée, puis à relever sur ce tracé la longueur du talon à l'orteil le plus avancé et la largeur au point le plus large de l'avant-pied.
Le geste demande cinq minutes et une feuille de papier. Presque personne ne le fait : on reprend la pointure d'une paire déjà portée, sans savoir sur quelle forme elle a été montée ni combien elle s'est déformée à l'usage. Cette page décrit le protocole complet, puis ce qu'on peut en tirer. Elle prolonge notre dossier sur les chaussures et le confort, qui traite l'ajustement comme un problème mécanique plutôt que comme une affaire de goût.
Choisir le moment de la mesure
Le pied n'a pas un volume fixe. La station debout prolongée, la marche, la chaleur et le voyage l'augmentent ; une nuit de sommeil le ramène à son volume le plus faible. Une mesure prise au réveil donne donc une valeur basse, qui conduit à retenir une paire trop juste pour la fin de journée. Nous mesurons en fin d'après-midi ou le soir, après une journée ordinaire. Le guide le pied gonfle : en tenir compte à l'achat détaille cette variation et ses conséquences d'une saison à l'autre.
Portez pendant la mesure la chaussette que vous associerez à la paire visée. Une chaussette de laine ajoute une épaisseur de chaque côté du pied et sous la plante ; une socquette fine n'en ajoute presque aucune. Le même pied, mesuré nu puis chaussé de laine, ne donne pas le même relevé. Aucun n'est faux : ils ne répondent pas à la même question.
Le matériel et le geste
Il faut une feuille plus longue que le pied, un crayon, une règle rigide graduée en millimètres et un mur. Posez la feuille au sol, un bord contre la plinthe. Placez le talon contre le mur, le pied à plat, le poids réparti sur les deux jambes. Tracez le contour en tenant le crayon vertical et au contact du pied : un crayon incliné vers l'extérieur agrandit le tracé de plusieurs millimètres, un crayon glissé sous la courbure du pied le rétrécit d'autant.
Restez debout. Assis, le pied s'étale moins et se raccourcit ; le relevé obtenu ne correspond pas à un pied en charge, c'est-à-dire à l'état dans lequel il passe la journée. Si quelqu'un peut tracer à votre place, le résultat sera plus fiable : se pencher pour tracer soi-même déplace le poids vers l'avant et déforme le contour au niveau des orteils. Recommencez le tracé une seconde fois : deux contours qui se superposent mal signalent un geste instable, pas un pied qui change.
Longueur et largeur : deux relevés distincts
La longueur se lit du bord arrière du contour au point le plus avancé, qui n'est pas toujours le gros orteil. La largeur se lit à hauteur des articulations des orteils, entre les deux points les plus saillants du contour : c'est la zone la plus large du pied et celle qui travaille le plus à chaque pas. Prenez les deux mesures sur le pied gauche et sur le pied droit, et notez-les séparément. Un seul chiffre pour deux pieds fait perdre l'information la plus utile.
La largeur est le relevé que l'on saute presque toujours, alors qu'une gêne à l'avant-pied vient plus souvent d'un volume trop étroit que d'une longueur insuffisante ; la largeur du pied, cette mesure que personne ne prend, développe ce point. Côté fabricant, la notion correspondante s'appelle la largeur de chaussant et elle ne se déduit pas de la pointure.
Passer d'une mesure à une pointure
Des millimètres ne sont pas une pointure. Entre la longueur du pied et la longueur intérieure de la chaussure il faut une aisance, sans quoi les orteils butent en descente et à chaque appui. Cette aisance n'est pas la même d'un modèle à l'autre : une sandale ouverte et un mocassin fermé ne l'utilisent pas de la même façon.
L'unité française, le point de Paris, ne se transpose pas mécaniquement dans les systèmes britannique et américain, et les tables de conversion publiées ne s'accordent pas entre elles. Nous n'en publions pas : la seule table qui vaille est celle du fabricant du modèle visé, parce qu'elle est calée sur ses propres formes. Le guide pointures françaises, britanniques et américaines explique d'où viennent ces écarts et comment s'en servir malgré tout.
Ce que la mesure ne dit pas
Un contour tracé au sol ignore la hauteur. Il ne dit rien du cou-de-pied, c'est-à-dire du volume que la tige doit envelopper au-dessus du pied. Deux pieds de même longueur et de même largeur peuvent demander des chaussures très différentes de ce côté-là, et c'est une des raisons pour lesquelles un essayage reste nécessaire.
Les deux pieds diffèrent presque toujours, parfois de peu, parfois assez pour changer de pointure. On part alors du plus grand et on rattrape sur l'autre, comme l'explique deux pieds de tailles différentes : que faire. Enfin, si une gêne persiste malgré un chaussant correct, la mesure ne suffit plus et l'avis d'un professionnel de santé est le bon recours.
Une fois relevés, ces chiffres servent longtemps. Gardez-les à portée quand vous parcourez une collection de chaussures et comparez-les aux indications du modèle plutôt qu'à votre pointure habituelle. La même discipline vaut hors chaussure : confronter les dimensions annoncées d'un modèle de la collection sacs marocains à un sac que vous possédez déjà évite bien des surprises. Si le chaussant ne convient pas, un retour reste possible pendant 30 jours.
Voir aussi
- Anatomie d'une chaussure : toutes les pièces : le vocabulaire des pièces qui composent une chaussure, de la tige à la semelle.
- Chaussures et sac : la règle a changé : pourquoi l'assortiment strict entre chaussures et sac n'est plus la norme.
- Sandales à brides et robe longue : choisir la hauteur de bride et de talon sous une robe longue.
- Traitement déperlant : définition et usage : ce que fait un traitement déperlant sur un textile ou un revêtement.
- Accessoiriser un caftan : bijoux, sac et chaussures : associer bijoux, sac et chaussures autour d'un caftan sans surcharger.