L'ocre, de la terre au vêtement

L’ocre est un pigment minéral naturel formé d’argile et d’oxydes de fer, dont la couleur va du jaune doré au rouge brique selon la proportion et l’état d’oxydation du fer qu’il contient, et dont le nom désigne par extension toute une famille de teintes terreuses du vêtement.

Cette famille sert de charnière dans l’ensemble des couleurs et palettes du vestiaire marocain : elle relie les jaunes chauds aux bruns et aux rouges, et elle fournit les fonds sur lesquels les teintes saturées se détachent. Comprendre l’ocre, c’est d’abord comprendre qu’il s’agit d’une matière avant d’être une nuance.

De la carrière au pigment

L’ocre s’extrait de sables argileux colorés par des oxydes de fer. Broyé puis lavé, le minerai se sépare en une fraction sableuse et une fraction fine, colorante. C’est cette fraction fine qui donne le pigment. Chauffée, elle change de teinte : la calcination déshydrate l’oxyde et fait glisser un ocre jaune vers un ocre rouge. Le même gisement peut donc fournir plusieurs nuances, ce qui explique qu’un nom de pigment ne garantisse jamais une couleur précise.

Cette variabilité est la première chose à retenir. Deux pièces annoncées « ocre » n’ont aucune raison d’être identiques : le mot recouvre une plage, pas un point. Nous ne publions pas de référence colorimétrique chiffrée pour nos teintes ; les écrans et les éclairages en boutique déplacent la perception plus que les écarts de bain de teinture.

Du pigment au textile : ce qui passe et ce qui ne passe pas

Un pigment n’est pas un colorant. Le pigment est insoluble : il reste en surface et doit être fixé par un liant, ce qui convient à la peinture, à l’enduit mural et à certaines impressions textiles. Le colorant, lui, se dissout et pénètre la fibre. Les tissus « ocre » du commerce sont donc, dans leur immense majorité, teints avec des colorants qui imitent la nuance du pigment, pas avec le pigment lui-même.

La conséquence est concrète. Un ocre pigmentaire, appliqué en surface, s’use aux points de frottement et laisse apparaître le fond du support ; un ocre obtenu par teinture s’éclaircit de façon plus uniforme. Sur une pièce, l’un des deux comportements se lit à l’œil au bout de quelques saisons, aux plis et aux bords.

Lire un ocre : teinte, valeur, saturation

Trois paramètres décrivent n’importe quelle couleur, et il faut les tenir séparés. La teinte répond à la question « quelle couleur », la valeur à « quelle clarté », la saturation à « quelle intensité ». L’ocre se caractérise par une teinte comprise entre le jaune et l’orangé, une valeur moyenne, et surtout une saturation basse.

C’est cette saturation basse qui rend l’ocre désaturé au sens technique, et donc utilisable en grande surface. Une teinte désaturée fatigue moins le regard, se combine avec davantage de voisins et supporte mieux la lumière crue. C’est l’exact inverse d’un rouge vif : les rouges décrits dans la garance et les rouges traditionnels demandent d’être contenus, l’ocre demande à être étendu.

L’ocre dans une garde-robe

Trois emplois se dégagent. En fond, l’ocre remplace le beige et apporte de la chaleur sans imposer de direction : il tient le rôle des sables de la palette désert, sables, ombres et pierre. En liaison, il fait tenir ensemble deux teintes qui s’ignorent, typiquement un brun et un vert. En accent discret, enfin, il fonctionne là où un safran serait trop violent.

Ses voisins naturels sont les bruns, les verts profonds et les blancs cassés. L’accord ocre et vert d’émail, celui de la palette zellige, verts, blancs et noirs, est l’un des plus stables du répertoire marocain, parce qu’il oppose deux teintes de saturation comparable. À l’inverse, l’ocre placé contre un gris franchement froid perd sa chaleur et vire au terne : le contraste de température écrase la nuance la moins saturée des deux.

Matières et rendu

La même teinte ne se comporte pas de la même façon selon la surface. Sur une armure satin, la lumière est renvoyée de façon directionnelle : l’ocre paraît plus clair et plus doré sur les crêtes, plus sourd dans les creux, et la pièce semble contenir deux nuances. C’est ce qui donne leur profondeur aux pièces de notre collection nuit en satin. Le satin est une armure de tissage, c’est-à-dire une manière de croiser les fils, et non une matière : il décrit la façon dont la surface renvoie la lumière, rien de plus.

Sur un enduit polyuréthane, le rendu est plus régulier et la teinte plus stable d’un point à l’autre de la pièce, avec une brillance qui dépend du grain imprimé. Nos sacs en simili cuir PU se lisent ainsi : la couleur y est portée par une couche de finition, et un ocre y paraît généralement plus soutenu que sur un textile de même nuance. Le brun-rouge du henné, couleur et usages donne un point de comparaison utile, parce qu’il occupe la même zone de teinte avec une valeur plus basse.

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