Les semelles : ce qui les différencie vraiment

Sous le pied d'une chaussure se superposent jusqu'à quatre pièces distinctes — première de montage, première de propreté, semelle intercalaire et semelle d'usure — dont une seule, celle qui touche le sol, est conçue pour être remplacée.

Le mot « semelle » employé seul recouvre donc quatre objets qui n'ont ni la même fonction, ni la même matière, ni la même durée de vie. Les confondre conduit à des attentes fausses : croire qu'une paire est « ressemelable » parce qu'on peut en retirer la pièce du dessous, ou à l'inverse renoncer à une réparation possible. Cet article détaille une couche du dossier chaussures et confort ; nous descendons ici du pied vers le sol.

La première de montage : le plancher invisible

La première de montage est la pièce sur laquelle la tige est rabattue et fixée pendant la fabrication. Elle constitue le plancher de la chaussure : tout le reste s'appuie sur elle, et c'est elle qui reçoit la couture ou le collage qui relie le dessus au dessous.

On ne la voit jamais sans démonter le soulier, et elle ne se remplace pas : y toucher, c'est déconstruire la chaussure. Sa rigidité relative détermine en grande partie la torsion possible de la paire, et c'est dans son épaisseur qu'est logée la lame décrite dans la cambrure et la répartition de l'appui. Une première de montage souple donne une chaussure qui se vrille facilement ; une première rigide donne une paire qui garde son axe.

La première de propreté : la seule visible

La première de propreté est la pièce que l'on aperçoit en regardant à l'intérieur de la chaussure, souvent marquée de la pointure ou d'un logo. Elle recouvre la première de montage et masque les coutures ou les traces de collage, d'où son nom d'atelier.

Elle est parfois collée, parfois simplement posée et donc amovible. C'est la pièce qui absorbe la transpiration et qui s'écrase la première : sur une paire portée régulièrement, elle marque l'empreinte de l'avant-pied et du talon bien avant que la semelle extérieure ne montre quoi que ce soit. Quand elle est amovible, la remplacer est le geste d'entretien le plus simple et le plus efficace. Elle travaille de pair avec la matière qui tapisse les côtés du soulier, sujet de la doublure et de son rôle sous-estimé.

La semelle intercalaire : l'épaisseur du milieu

La semelle intercalaire est une couche insérée entre la première de montage et la semelle d'usure. Elle n'existe pas sur tous les modèles : beaucoup de chaussures fines n'en ont aucune. Quand elle est présente, elle sert à donner du volume, à répartir la pression sur une surface plus large, et à absorber une partie de l'énergie de l'impact au sol.

Sa matière est le plus souvent une mousse expansée, un caoutchouc alvéolaire ou un composite léger. C'est aussi la couche qui se compacte le plus dans le temps : une paire qui « s'affaisse » sans que la semelle extérieure soit usée a généralement une intercalaire tassée. Nous ne publions pas de durée type pour ce tassement, car il dépend du poids porté, de la fréquence d'usage et du sol, et nous n'avons pas de mesure propre à avancer.

La semelle d'usure : la pièce sacrifiable

La semelle d'usure est la seule couche en contact avec le sol, et la seule que l'on remplace couramment. Elle porte le dessin antidérapant s'il y en a un, encaisse l'abrasion et se lit comme un journal de marche : l'usure se concentre en général sous l'avant-pied externe et sur l'arête arrière du talon.

Qu'elle soit remplaçable ou non dépend moins de la semelle elle-même que de la façon dont elle est fixée, ce qu'expose l'article types de talons et stabilité réelle pour la partie arrière, où le bonbout se change souvent seul. Sur les modèles à talon, ce petit patin d'extrémité est d'ailleurs la réparation la plus fréquente et la moins coûteuse.

Lire l'empilement sur une paire

Prenez une chaussure en main et pliez-la doucement : la résistance vient de la première de montage. Retirez la première de propreté si elle sort : vous voyez le fond réel du soulier. Regardez la tranche de côté : si vous distinguez deux épaisseurs de matières différentes sous la tige, il y a une intercalaire. Posez enfin la paire sur une table et regardez la semelle par-dessous, sous une lumière rasante : les zones brillantes sont les zones usées.

Ce que cet empilement ne dit pas, c'est le volume intérieur ; celui-ci dépend du gabarit décrit dans la forme, ce gabarit invisible qui décide de tout. Deux paires au même empilement peuvent chausser tout autrement. Dans notre sélection de chaussures, comme partout, la description parle de « semelle » sans toujours préciser laquelle : les repères ci-dessus permettent de poser la bonne question. Enfin, si une gêne persiste alors que la paire est bien ajustée, l'avis d'un professionnel de santé reste le seul recours pertinent.

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