L'histoire des bijoux berbères

Les bijoux amazighs d'Afrique du Nord forment un ensemble reconnaissable entre tous : de l'argent plutôt que de l'or, des formes massives, une ornementation dense, et des pièces conçues pour être portées ensemble plutôt qu'isolément. Derrière cette apparence homogène se cachent des traditions régionales distinctes, des techniques précises et une fonction sociale qui n'a rien de décoratif.

Pourquoi de l'argent

Le choix de l'argent n'est pas une question de moyens. Dans une grande partie du Maghreb rural, l'or est associé au bijou urbain et citadin, l'argent au bijou amazigh. Plusieurs facteurs se conjuguent : l'argent est plus accessible, il circule sous forme de monnaie que l'on peut refondre, et il porte dans de nombreuses traditions locales une valeur de pureté et de protection.

La refonte de monnaie explique une partie du matériau. Les pièces d'argent en circulation dans les échanges transsahariens et méditerranéens, dont le thaler de Marie-Thérèse frappé pendant plus de deux siècles, ont massivement servi de matière première et se retrouvent aussi cousues telles quelles sur des parures de tête et des pectoraux.

Les pièces principales

Le vocabulaire varie d'une région et d'une langue à l'autre, mais quelques catégories reviennent partout.

  • La fibule — souvent appelée tizerzai au pluriel, elle va par paire, reliée par une chaîne. Sa fonction est d'abord pratique : elle agrafe sur les épaules le tissu drapé du vêtement. Sa taille et son décor en font aussi l'élément le plus visible de la parure.
  • Le pectoral et le collier — construits par accumulation d'éléments d'argent, de perles de verre, d'ambre, de corail et de pierres, montés sur plusieurs rangs.
  • Le bracelet — massif, souvent orné de pointes ou de nervures, porté par paire.
  • La parure de tête — diadèmes, plaques frontales et pendants temporaux, parfois chargés de pièces de monnaie.
  • La khamsa — la main à cinq doigts, portée en pendentif, motif protecteur partagé par toutes les communautés méditerranéennes.

Les techniques et les foyers de production

Le sud marocain, et en particulier la région de Tiznit dans l'Anti-Atlas, est le foyer le plus connu. On y pratique notamment le niellage, technique qui consiste à remplir un décor gravé d'un alliage noir puis à polir la surface, ce qui fait ressortir le dessin en négatif. L'émail cloisonné, à dominante jaune, verte et bleue, caractérise d'autres productions du sud, dont celles associées à Tiznit et à ses environs.

Un point historique mérite d'être rappelé : dans de nombreuses régions du Maroc, l'orfèvrerie était en grande partie l'affaire d'artisans juifs marocains, installés de longue date dans les villes et les vallées de l'Anti-Atlas et du Souss. Le départ massif de ces communautés au milieu du vingtième siècle a provoqué une rupture de transmission dont les effets sur la production sont bien documentés.

Ce que ces bijoux signifient

Une parure amazighe n'est pas seulement un ornement. Elle indique le statut matrimonial, l'appartenance régionale et parfois la position dans une lignée. Elle constitue aussi, très concrètement, un patrimoine mobilier : de l'argent porté sur soi, transmissible, refondable et convertible en cas de nécessité.

La lecture symbolique des motifs demande de la prudence. Les interprétations protectrices attachées au losange, au triangle, à l'œil ou à la main circulent largement, mais elles ont été fixées en partie par des collectionneurs et des ethnographes plutôt que par les porteuses elles-mêmes, et elles varient d'une vallée à l'autre. Le répertoire graphique est certain ; sa traduction en langage symbolique universel ne l'est pas.

Les matières associées

À l'argent s'ajoutent des matières colorées dont la provenance dessine une carte d'échanges. Le corail vient de la Méditerranée, l'ambre du nord de l'Europe par les routes commerciales, le verre coloré d'ateliers européens, les pierres locales des massifs de l'Anti-Atlas. La turquoise, souvent citée à tort comme caractéristique, est en réalité beaucoup moins fréquente que le verre bleu et les pierres locales de teinte proche.

Leur écho dans les accessoires contemporains

Ce répertoire nourrit aujourd'hui une part de la création d'accessoires, principalement par trois voies : la forme des pièces métalliques — boucles, mousquetons, plaques — inspirée des fibules et des plaques gravées ; la géométrie du décor, reprise du même fonds graphique que le tissage ; et la logique d'accumulation, qui consiste à composer un ensemble plutôt qu'à porter un objet seul.

Là encore, la différence entre citation informée et emprunt décoratif tient à la précision. Nommer la technique, la région et la fonction d'origine vaut mieux que l'adjectif « ethnique ». Les motifs partagés avec le textile sont détaillés dans l'article sur l'inspiration berbère, et l'ensemble des savoir-faire marocains dans le guide de l'artisanat marocain.

Pour aller plus loin

Les symboles gravés dans l'argent se retrouvent dans le textile et la maroquinerie marocains. Les ressources suivantes replacent ces motifs dans leur contexte d'usage.

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