Le mot « kaftan » (ou « caftan ») est un mot voyageur : les dictionnaires étymologiques le font généralement remonter au persan, d'où il est passé au turc ottoman avant de se diffuser dans les langues européennes, tandis que l'arabe l'adoptait sous des formes voisines. L'histoire de ce mot est distincte de celle du vêtement porté au Maroc — et confondre les deux est l'erreur la plus fréquente sur le sujet.
Cette page sert de préambule lexical à notre dossier sur le vestiaire marocain, du caftan à la jellaba : avant de discuter du vêtement, il faut savoir de quoi le mot est fait.
Du persan au turc, du turc aux langues d'Europe
Le parcours communément admis est celui-ci : un terme d'origine persane désignant un vêtement long, repris et popularisé par le turc ottoman — où le kaftan était notamment un vêtement d'honneur de la cour —, puis emprunté par les langues européennes au fil des contacts diplomatiques et commerciaux avec l'Empire ottoman. Le français, l'anglais, l'espagnol ou l'allemand ont chacun leur graphie, et le français hésite encore entre « caftan » et « kaftan ». L'arabe, langue de grande circulation entre ces mondes, a véhiculé le terme sous des formes proches. Comme souvent en étymologie, les étapes fines — dates d'emprunt, canaux exacts — varient selon les dictionnaires, et il est plus honnête de décrire une direction générale qu'une chronologie précise.
Un mot, plusieurs vêtements
Le piège commence quand on projette le mot sur les choses. Sous le terme « kaftan » cohabitent des réalités très différentes : le vêtement d'apparat ottoman, des robes d'intérieur européennes qui en ont repris le nom, la tunique de mode « caftan » des vestiaires occidentaux contemporains, et le caftan marocain, pièce féminine de cérémonie avec ses codes propres. Ces vêtements ne descendent pas les uns des autres au simple motif qu'ils partagent un nom : un mot s'emprunte bien plus vite qu'une coupe. C'est pourquoi le débat sur les origines du caftan marocain ne peut pas se régler par l'étymologie : que le mot soit passé par le turc ne dit rien, à lui seul, de la généalogie du vêtement porté à Fès ou à Rabat.
Ce que le mot ne dit pas du caftan marocain
L'histoire du caftan marocain se documente par d'autres sources : textes anciens, inventaires, récits de voyageurs, pièces conservées. Elles s'amenuisent à mesure qu'on remonte le temps — ce que l'on sait du vêtement de cour à l'époque mérinide reste fragmentaire, et le caftan sous les Saadiens s'appuie sur des sources rares. C'est avec la période suivante que la documentation s'étoffe et que les formes citadines se fixent, comme le retrace notre page sur le caftan alaouite et sa diffusion urbaine. Le mot, lui, a continué sa vie propre : dans la mode internationale, « caftan » désigne aujourd'hui à peu près toute robe ample — un sens si large qu'il faut, à chaque usage, préciser de quel vêtement on parle.
Le regard de Maison Tanger
Nous employons le mot « caftan » au sens marocain contemporain : une pièce longue de cérémonie ou de belle occasion, héritière d'un vestiaire codifié. Nos caftans et robes marocaines assument ce sens sans revendiquer une généalogie que les historiens eux-mêmes discutent ; et le reste de notre vestiaire — accessoires en simili cuir PU (polyuréthane, sans matière animale) — suit la même règle : nommer les choses précisément, c'est déjà les respecter.