Le hammam est le bain de vapeur collectif du monde arabo-musulman ; au Maroc, c'est un équipement de quartier au même titre que le four à pain ou la fontaine, et une pratique sociale réglée : une progression de salles de plus en plus chaudes, des gestes précis et des accessoires dédiés — savon noir, gant kessa, argile rhassoul.
Le hammam touche directement au vestiaire marocain, du caftan à la jellaba : ce qu'on y porte, ce qu'on y apporte et ce qu'on remet en sortant obéissent à des usages aussi établis que le bain lui-même.
Héritage et fonction sociale
Les historiens rattachent le hammam à la longue postérité des bains antiques, repris et transformés par le monde arabo-musulman ; au Maroc, le modèle citadin s'est développé avec les médinas, et le raffinement des bains doit beaucoup aux échanges avec al-Andalus — un chapitre parmi d'autres de l'apport andalou au vestiaire et aux usages marocains. Le bain ottoman, d'architecture et de rituel différents, constitue une autre branche de la même famille : comparer les deux demande la même précaution que l'examen des influences ottomanes supposées sur les usages du Maghreb. Socialement, le hammam est un rendez-vous : hebdomadaire pour beaucoup, alterné entre hommes et femmes selon les horaires, il est un lieu de conversation, de transmission entre générations et de préparation des grands moments — le bain de la mariée avant la noce en est l'exemple le plus connu.
La séquence des salles et les gestes
Le parcours classique traverse trois salles : une salle fraîche ou tiède pour s'accoutumer, une salle intermédiaire, une salle chaude proche de la chaufferie. On s'y installe avec des seaux d'eau chaude et froide que l'on mélange soi-même. Les gestes suivent un ordre éprouvé : application du savon noir — une pâte d'olive saponifiée — qu'on laisse agir à la vapeur, gommage vigoureux au gant kessa qui roule les peaux mortes, rinçages abondants, puis, souvent, masque ou lavage au rhassoul, cette argile lavante extraite au Maroc, utilisée pour le corps et les cheveux. Le retour se fait en sens inverse, vers le frais, avec un temps de repos avant de sortir.
Ce qu'on y porte, ce qu'on y apporte
Dans les salles, on garde un pagne ou un sous-vêtement — la nudité complète n'est pas l'usage — et des sandales pour le sol chaud et mouillé. Le trousseau tient dans un panier ou un balluchon : seau, tasse à verser, gant, savon, rhassoul, peigne, linge sec. À la sortie, on se couvre chaudement et l'on repasse une tenue simple ; le vêtement d'apparat — caftan ceint d'une pièce tissée comme le hzam de Fès — appartient à d'autres moments de la vie sociale. Un mot sur le regard porté à ce rituel : le hammam a beaucoup nourri l'imaginaire orientaliste européen, des scènes de bain peintes aux lieux patrimoniaux nés de ce regard, comme le jardin Majorelle à Marrakech ; le décrire honnêtement aujourd'hui, c'est s'en tenir aux gestes réels d'une pratique d'hygiène et de sociabilité toujours vivante, dans les hammams de quartier comme dans leurs déclinaisons de spa.
Le regard Maison Tanger
Le hammam est une leçon d'équipement juste : chaque objet du trousseau a une fonction, rien n'est décoratif. C'est l'esprit dans lequel Maison Tanger pense ses accessoires en simili cuir PU, sans matière animale — étant entendu qu'au hammam même, la vapeur et l'eau appellent plutôt panier et linge : nos sacs marocains accompagnent le reste de la journée. Et pour le confort d'après-bain, l'ampleur des caftans et robes marocaines prolonge assez naturellement l'esprit du lieu.