Le jardin Majorelle est un jardin botanique de Marrakech créé par le peintre français Jacques Majorelle autour de sa villa-atelier, puis sauvé de la destruction et restauré à partir de 1980 par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Il est aujourd'hui l'un des sites les plus visités du Maroc et le cœur d'un ensemble patrimonial consacré aux arts du pays.
Son histoire éclaire la façon dont le Maroc du XXe siècle est devenu une référence esthétique mondiale — couleurs, jardins, artisanat — et dont cet imaginaire a nourri en retour le regard porté sur le vestiaire marocain, du caftan à la takchita.
Le peintre et son jardin
Jacques Majorelle, fils de l'ébéniste et décorateur nancéien Louis Majorelle, s'installe à Marrakech en 1917, au début du protectorat français. Peintre voyageur, il parcourt l'Atlas et le sud du pays, dont il peint les kasbahs, les souks et les scènes de la vie quotidienne. Dans les années 1920, il acquiert une palmeraie en bordure de la ville nouvelle et y fait construire une villa-atelier d'inspiration moderniste ; autour, il compose pendant des décennies un jardin d'acclimatation où il rassemble cactées, bambous, bougainvilliers et palmiers rapportés ou acquis au fil de ses voyages. Le jardin est ouvert au public de son vivant, le peintre en tirant des revenus pour l'entretenir.
Le bleu Majorelle
À la fin des années 1930, Majorelle fait peindre les murs de son atelier, les pergolas et les bassins d'un bleu outremer intense, profond et légèrement violacé, inspiré des bleus qu'il observait au Maroc — céramiques, portes, vêtements. Ce bleu, devenu indissociable du lieu, est passé dans le langage courant sous le nom de bleu Majorelle. Il n'était pas une invention de chimiste mais un choix de peintre : une couleur posée en aplat, pensée pour faire vibrer les verts du jardin et la lumière de Marrakech. Peu de couleurs portent ainsi le nom d'un jardin, et c'est l'une des raisons de la notoriété mondiale du site.
De l'abandon au lieu patrimonial
Après la mort de Jacques Majorelle en 1962, le jardin décline et se retrouve menacé par des projets immobiliers. En 1980, Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, familiers de Marrakech depuis les années 1960, l'achètent, le restaurent et s'installent dans la villa. À la mort du couturier en 2008, ses cendres sont dispersées dans le jardin, où un mémorial lui rend hommage. L'ancien atelier abrite désormais un musée consacré aux arts berbères, dont les collections — bijoux, armes, textiles, éléments de costume — documentent des pièces du vestiaire comme la melhfa sahraouie et ses codes ou les grandes ceintures de cérémonie apparentées à la mdamma brodée au fil métallique. En 2017, le musée Yves Saint Laurent Marrakech a ouvert à quelques pas du jardin, prolongeant le site en pôle culturel : le couturier a toujours dit ce que sa palette devait au Maroc, et ses collections ont régulièrement cité le caftan et ses superpositions — jusqu'aux jeux de transparence qui rappellent la mansouria portée sur le caftan.
Le regard Maison Tanger
Le jardin Majorelle enseigne une leçon de couleur : un bleu franc prend toute sa force posé contre des verts, des ocres et des neutres, en aplat net plutôt qu'en accumulation. C'est une logique que nous appliquons à nos sacs marocains en simili cuir PU — une teinte affirmée, des lignes simples — et à nos caftans, où la couleur travaille seule, sans surcharge. Le reste, le jardin lui-même, se visite : il ne se transpose pas.