Le hzam tissé de Fès : une ceinture, un métier à la tire

Le hzam est la large ceinture tissée qui ceint le caftan dans le costume citadin marocain. À Fès, sa version la plus prestigieuse était façonnée en soie et en fils métalliques sur un métier à la tire, un équipement de tissage complexe réservé aux étoffes à motifs, et comptait parmi les pièces les plus précieuses du trousseau.

Cette ceinture occupe une place singulière dans le vestiaire marocain, du caftan à la takchita : elle ne se contente pas de tenir le vêtement, elle structure la silhouette et signale, par sa richesse, le rang de la maison qui l'a commandée.

Une ceinture née de la tradition citadine de Fès

Fès a longtemps été le grand centre marocain du tissage façonné. Ses ateliers produisaient brocarts et étoffes à décor destinés aux caftans, aux tentures et aux ceintures de cérémonie. Cette tradition s'inscrit dans un héritage plus large, nourri par l'apport andalou au vestiaire marocain après 1492 : les familles venues d'al-Andalus ont renforcé dans les villes du nord un goût pour les étoffes riches et pour les techniques de métier exigeantes. Le hzam de Fès, souvent commandé au moment d'un mariage, se transmettait ensuite de génération en génération ; plié et rangé dans les coffres, il se conservait comme une valeur autant que comme un vêtement.

Le hzam se portait plié en deux dans la longueur, puis enroulé plusieurs fois autour de la taille par-dessus le caftan. Les deux faces du tissage pouvaient présenter des décors différents, ce qui permettait de varier l'apparence d'une même ceinture selon l'occasion, en la retournant simplement.

Le métier à la tire, une technique d'exception

Le métier à la tire est un métier à tisser équipé d'un système de cordes, les lacs, qui permet de lever séparément des groupes de fils de chaîne pour former des motifs complexes. Son fonctionnement exigeait traditionnellement deux personnes : le maître tisserand, qui lance la trame et conduit le travail, et un aide, le tireur de lacs, qui actionne les cordes selon un ordre appris et vérifié à chaque passage. C'est cette mécanique humaine, antérieure aux métiers à cartes perforées, qui rendait possibles les décors du hzam.

Des équipements comparables ont existé dans d'autres grands centres textiles de la Méditerranée, et la question des influences ottomanes sur le vêtement au Maghreb se pose aussi pour ces techniques : les circulations de modèles et de motifs sont réelles, mais Fès a développé un répertoire qui lui est propre, avec ses compositions, ses bordures et ses fonds caractéristiques.

Les matières employées, soie et fils métalliques dorés ou argentés, et la lenteur du travail expliquent le prix de ces ceintures : un hzam richement façonné représentait des semaines de travail à deux.

Ce qu'on observe aujourd'hui

Les ateliers capables de tisser un hzam complet au métier à la tire sont devenus rares à Fès, sans qu'un chiffre précis puisse être avancé sérieusement : les estimations varient, et la transmission repose sur un très petit nombre de maîtres et d'apprentis. La ceinture tissée reste toutefois bien présente dans le costume de cérémonie, notamment dans les tenues de mariage, où elle se superpose parfois à des pièces légères comme la mansouria, ce voile transparent porté sur le caftan. Les pièces anciennes sont recherchées par les musées et les collectionneurs, et le textile marocain est régulièrement mis en valeur dans des lieux patrimoniaux comme le jardin Majorelle, dont le site accueille des collections consacrées aux arts du Maroc.

Le regard Maison Tanger

Ce que le hzam enseigne à une maison contemporaine tient en une idée simple : la taille est un point d'ancrage. Une ceinture bien placée transforme un vêtement fluide en silhouette construite. Nos caftans et robes marocaines sont pensés pour être portés libres ou ceinturés, selon cette même logique. Et si nos sacs marocains en simili cuir PU n'ont rien d'un tissage façonné, ils retiennent du hzam le principe d'une pièce structurante qui organise la tenue — sans prétendre reprendre un savoir-faire qui appartient aux tisserands de Fès.

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