Le Piñatex est un non-tissé destiné à la maroquinerie, formé de fibres extraites des feuilles d'ananas, agglomérées en nappe, liées par une résine polymère puis recouvertes d'une finition de surface.
La matière a été développée pour donner aux ateliers une alternative sans composant animal aux peaux tannées, dans la même vague que le Desserto, matière à base de cactus, ou que les matières issues de la culture du mycélium. Dans la classification retenue par le guide des matières de maroquinerie, elle relève des non-tissés bio-sourcés : la fibre végétale y joue le rôle de support, jamais celui de surface d'usage.
Comment on le reconnaît
Le Piñatex se signale d'abord au toucher, par une surface légèrement fibreuse, moins lisse et moins régulière que celle d'une enduction industrielle classique. Sur la tranche d'une pièce coupée, on distingue un feutre de fibres orientées dans tous les sens, sans le tissage régulier d'un support tissé et sans les strates nettes que laisse un calandrage. L'envers est le plus souvent nu ou simplement contrecollé. Le grain de surface, enfin, n'est pas celui d'une peau : il ne présente ni pores irréguliers ni cicatrices, contrairement à une pleine fleur animale, dont le relief est un accident biologique et non un motif reproduit.
L'erreur fréquente : le croire entièrement biodégradable
C'est le malentendu le plus répandu, et il tient à une lecture partielle de la composition. La fibre d'ananas est bien d'origine végétale, et provient d'un coproduit agricole existant. Mais elle ne tient pas seule : pour former une feuille manipulable, elle doit être liée puis enduite, et ce liant est un polymère, le plus souvent un polyuréthane. Une part synthétique subsiste donc dans le produit fini, et cette part ne se dégrade pas au même rythme que la fibre qu'elle emprisonne. Annoncer une matière « entièrement biodégradable » revient à ne décrire qu'une moitié de la feuille.
Le raisonnement vaut pour toute matière enduite : ce qui gouverne la fin de vie n'est pas la fibre mise en avant, c'est le liant qui la maintient. Un support en polyamide, ou une formulation chargée en plastifiant, déplacent la question exactement de la même façon.
Ce que cela change à l'usage
Un non-tissé de fibres végétales se comporte différemment d'un complexe enduit sur support tissé. Il tolère mal le pli répété au même endroit, où les fibres finissent par se désolidariser, et il supporte mal l'humidité prolongée, qui fragilise le liant. Les pièces qui en sont faites sont donc généralement plates, peu structurées, avec des angles arrondis plutôt que des arêtes vives, et l'entretien se limite à un essuyage à sec. Rien de tout cela ne vaut jugement : c'est un jeu de contraintes, à connaître avant l'achat plutôt qu'après.
Cette matière n'entre pas dans la fabrication de nos articles : les sacs en simili cuir végane et les portefeuilles et pièces de petite maroquinerie de Maison Tanger sont réalisés en simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale, un complexe enduit sur support textile.