Plusieurs médinas marocaines sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO : la médina de Fès (inscrite en 1981), celle de Marrakech (1985), la ville historique de Meknès (1996), la médina de Tétouan (1997), la médina d'Essaouira (2001) et la cité portugaise d'El Jadida (2004), auxquelles s'ajoute Rabat, inscrite en 2012 au titre de « capitale moderne et ville historique ». Ces inscriptions reconnaissent des ensembles urbains où l'habitat, le commerce et l'artisanat coexistent depuis des siècles.
Ces médinas ne sont pas des décors : ce sont les lieux de production vivants de l'artisanat marocain, de ses techniques et de ses villes. Tanneries, ateliers de tissage, fondouks et souks spécialisés y occupent encore une part du tissu urbain, et c'est précisément cette continuité d'usage qui fonde leur valeur patrimoniale.
Ce que recouvre l'inscription
Une médina est une ville historique complète : murailles, portes monumentales, mosquées et medersas, fontaines, réseaux de ruelles et quartiers d'artisans organisés par métier. L'inscription au patrimoine mondial porte sur un périmètre défini, souvent la ville intra-muros, parfois assorti d'une zone tampon. Fès est fréquemment citée comme l'un des plus vastes ensembles urbains piétonniers au monde, avec un tissu médiéval resté largement lisible. Marrakech associe sa médina à des espaces emblématiques comme la place Jemaa el-Fna, par ailleurs reconnue par l'UNESCO au titre du patrimoine culturel immatériel.
Chaque ville inscrite l'est pour une identité propre : Tétouan pour son urbanisme marqué par l'héritage andalou, Essaouira pour son plan de ville portuaire du XVIIIe siècle, El Jadida pour ses fortifications d'origine portugaise, Meknès pour son ensemble monumental d'époque alaouite.
Des villes d'ateliers autant que de monuments
La spécificité marocaine tient à la persistance des métiers dans ces centres anciens. Les corporations y ont historiquement organisé la production sous le contrôle d'institutions comme le muhtasib, chargé de la surveillance des marchés. Les quartiers portent encore le nom des métiers qui les occupaient. Autour des villes, les campagnes alimentent ces ateliers : la laine des tapis provient notamment du travail des tisseuses de l'Atlas et de leur métier vertical, et les répertoires décoratifs circulent entre rural et urbain, comme le montrent les motifs amazighs et leur grammaire formelle.
Conservation, tourisme et habitat : les tensions actuelles
Ces médinas sont confrontées à des tensions bien documentées. La première oppose conservation et vie quotidienne : les maisons anciennes exigent des entretiens coûteux, et une partie de l'habitat s'est dégradée ou densifiée. La deuxième tient au tourisme : la conversion de demeures en maisons d'hôtes a financé des restaurations, mais elle modifie le peuplement des quartiers et fait monter les prix. La troisième concerne l'artisanat lui-même : la demande touristique soutient certains métiers tout en poussant à la standardisation des produits. Des programmes publics de réhabilitation existent dans plusieurs villes, avec des résultats variables selon les quartiers.
Pour qui veut voir ce patrimoine hors de la rue, les musées consacrés à l'artisanat marocain conservent des pièces anciennes qui documentent l'état des savoir-faire avant les évolutions récentes.
Visiter une médina en visiteur informé
Quelques repères aident à visiter ces villes sans les réduire à un décor. D'abord, distinguer les espaces : une médina est un lieu de vie, et les ruelles résidentielles ne sont pas des attractions — la discrétion y est de mise. Ensuite, regarder les métiers : les quartiers d'artisans se repèrent à l'oreille et à l'odeur autant qu'à l'œil, des martèlements des dinandiers aux cuves des tanneries de Fès ou de Marrakech, où se travaille le cuir selon des procédés anciens. Enfin, acheter en connaissance de cause : demander la matière, la provenance et le mode de fabrication d'un objet est légitime, et les bons artisans y répondent volontiers. C'est la meilleure contribution du visiteur à l'économie réelle de ces villes : payer le juste prix d'un travail identifié plutôt que le prix bas d'un objet anonyme.
Le regard Maison Tanger
Maison Tanger ne fabrique pas dans une médina et ne le revendique pas. Ce que ces villes nous apprennent, c'est un rapport à la forme : des objets pensés pour durer, des répertoires décoratifs stables, une économie de moyens. Nos sacs marocains en simili cuir PU et nos caftans s'inspirent de ces lignes sans prélever sur le patrimoine autre chose qu'une direction esthétique.