Pendant le mois de Ramadan, le vestiaire marocain s'organise autour de trois temps distincts : la maison, où l'on passe les heures de jeûne et où l'on reçoit pour la rupture ; la mosquée, où beaucoup se rendent pour les prières du soir ; et les veillées, familiales ou festives, qui prolongent la nuit. À chacun de ces temps correspondent des tenues, presque toujours amples.
Cette organisation n'est pas propre au Ramadan : elle prolonge la logique générale du vestiaire marocain, du caftan à la jellaba, où le vêtement dit à la fois le moment, le lieu et le degré de cérémonie. Le mois de jeûne ne fait qu'accentuer cette lecture.
Trois temps, trois registres de tenue
À l'intérieur, la journée appartient aux vêtements de confort : gandouras légères, pyjamas d'intérieur, jellabas souples que l'on porte sans apprêt. La rupture du jeûne, souvent partagée en famille ou entre voisins, appelle une tenue simple mais soignée — on reçoit, on est reçu, sans que la soirée soit pour autant une cérémonie.
Pour les prières du soir à la mosquée, la tenue change de registre : jellaba couvrante pour les femmes comme pour les hommes, matières sobres, couleurs discrètes. Les hommes ajoutent selon les régions et les générations un couvre-chef, et, dans les milieux attachés au protocole ou par temps frais, une cape de laine comme le selham, le burnous marocain. Les veillées, enfin, surtout dans la seconde moitié du mois et à l'approche de l'Aïd, autorisent des tenues plus travaillées : caftans simples, tissus qui prennent la lumière — sans atteindre le registre d'apparat de la takchita en deux pièces ou, à plus forte raison, celui des sept tenues de la mariée, réservés aux grandes cérémonies.
Pourquoi les coupes amples dominent
La place particulière des coupes amples pendant le Ramadan tient à des raisons très concrètes. La prière impose des mouvements — inclinaison, prosternation, station assise prolongée — que seule une coupe large accompagne sans gêner. La pudeur vestimentaire, plus observée pendant le mois, favorise les vêtements couvrants qui ne marquent pas le corps. Les longues soirées assises, entre table et salon, appellent le confort. Et le rythme inversé des journées — repas nocturnes, réceptions répétées — rend précieuse une garde-robe qui ne serre pas.
L'ampleur n'est pas pour autant un abandon : elle se travaille. Une jellaba bien coupée tombe droit, une gandoura se distingue par sa finition d'encolure, et les tenues de veillée jouent sur la matière plus que sur la coupe. C'est tout un art de l'élégance sans ajustement.
Ce qu'on observe aujourd'hui
Le Ramadan reste au Maroc, et dans les diasporas, une saison forte du vêtement. Les semaines qui précèdent le mois et celles qui précèdent l'Aïd voient les ateliers de couture et les boutiques travailler à plein : jellabas neuves, gandouras brodées, tenues d'enfants. Le prêt-à-porter a élargi l'offre — coupes amples modernisées, matières faciles d'entretien — sans faire disparaître la couture sur mesure. Les hommes conservent selon les régions des pièces de tradition, du couvre-chef enroulé comme la rezza, le turban marocain, aux capes de cérémonie pour les nuits du destin et les grandes prières.
Le regard de Maison Tanger
Ce vestiaire du Ramadan — ample, confortable, digne — inspire directement la manière dont Maison Tanger conçoit ses caftans et robes marocaines : des coupes larges qui habillent sans contraindre, des tissus nommés pour ce qu'ils sont, dont le satin, qui est un tissage et non une fibre. Et parce que les soirées du mois sont aussi faites d'allers-retours, un petit sac pratique trouve sa place dans ces usages : nos sacs marocains sont en simili cuir PU, sans matière animale, pensés pour être portés souvent et longtemps.