Le selham est la grande cape marocaine : un vêtement de laine sans manches, ouvert sur le devant, muni d'un capuchon pointu, que l'on jette sur les épaules par-dessus la jellaba ou la tenue de cérémonie. Connu ailleurs au Maghreb sous le nom de burnous, il cumule deux fonctions : protéger du froid et de la pluie, et signifier la dignité de celui qui le porte.
Peu de pièces du vestiaire marocain, du caftan à la jellaba portent une charge protocolaire aussi nette : le selham est à la fois un manteau de berger et un habit d'apparat royal.
Origine et noms : selham ou burnous
La cape à capuchon est un vêtement ancien de toute l'Afrique du Nord, où le mot burnous domine, notamment en Algérie et en Tunisie. Au Maroc, l'usage courant retient plutôt selham, le mot burnous restant compris et employé selon les régions — les deux désignent le même type de vêtement, avec des variantes de coupe, de finition et de vocabulaire local. La pièce se caractérise par sa forme en demi-cercle, son absence de manches, son capuchon terminé selon les façons par un gland ou une pointe, et ses bordures parfois soulignées d'un galon.
Fonction climatique et matière
Avant d'être protocolaire, le selham est climatique. Tissé en laine — du drap rustique des campagnes aux laines fines des villes, avec des versions d'apparat plus légères —, il protège du froid sec des plateaux, de la pluie et du vent. Le capuchon remplace le parapluie et abrite le turban ; l'ampleur permet de le porter par-dessus toutes les épaisseurs. Dans les campagnes de l'Atlas et des plateaux, il fut longtemps le manteau d'hiver par excellence des hommes, en particulier des bergers et des voyageurs.
La charge protocolaire, hier et aujourd'hui
Le selham est aussi l'habit des grandes occasions masculines. Blanc ou sombre selon les contextes, porté sur la jellaba immaculée, il compose la silhouette officielle des cérémonies religieuses et du protocole marocain, où il coiffe l'ensemble du costume d'apparat — souvent complété d'un couvre-chef codifié, tel le tarbouche, dit fez, à l'histoire disputée. Au mariage, le marié le revêt fréquemment pour son entrée, pendant que la mariée déploie ses tenues d'apparat — la takchita en deux pièces et, selon la convention des familles, la succession des sept tenues de la mariée. L'occidentalisation du vestiaire urbain au XXe siècle — bien visible dans une ville comme Tanger au temps de la zone internationale — a réduit son usage quotidien, mais le selham n'a jamais quitté le registre cérémoniel : il reste le vêtement que l'on sort quand l'occasion est grave ou belle.
Le regard de Maison Tanger
Le selham montre qu'un vêtement peut être à la fois simple de construction — un demi-cercle de laine, un capuchon — et immense de présence. Cette économie de moyens guide Maison Tanger : des coupes amples et franches pour nos caftans et robes marocaines, des lignes nettes pour nos sacs en simili cuir PU, sans matière animale. La dignité d'une pièce ne tient pas à sa complication, mais à sa justesse — c'est la leçon du burnous.