Le tarbouche, souvent appelé « fez » en anglais et dans plusieurs langues européennes, est un couvre-chef masculin rigide, généralement de feutre rouge, de forme tronconique et orné d'un gland noir. Son nom occidental renvoie à la ville de Fès, mais le lien entre la ville et l'objet est beaucoup moins établi que cette étymologie le laisse croire.
La question mérite d'être posée sérieusement, car le tarbouche fait partie du vestiaire marocain traditionnel tel qu'on le photographie et le représente — et les représentations, en la matière, charrient autant de légendes que de faits.
Ce que dit la légende de Fès
Un récit répandu veut que le couvre-chef tienne son nom d'une teinture rouge produite à Fès, parfois attribuée à une baie locale, qui aurait donné aux premiers bonnets leur couleur caractéristique. Ce récit est invérifié : on ne dispose pas de preuve solide que Fès ait été le centre exclusif de fabrication ou de teinture de ces bonnets. Ce qui est établi, c'est que des bonnets rouges de ce type circulent de longue date en Méditerranée, et que le mot « fez » s'est imposé dans plusieurs langues, tandis que l'arabe utilise « tarbouche », mot dont l'origine est elle aussi discutée.
L'hypothèse ottomane et méditerranéenne
Le moment décisif de l'histoire du couvre-chef est mieux documenté : au XIXe siècle, l'Empire ottoman en fait un attribut officiel de la tenue moderne, porté par les fonctionnaires et l'armée, ce qui le diffuse massivement du Levant aux Balkans et en Afrique du Nord. Une partie de la production vient alors de manufactures européennes, notamment d'Europe centrale, qui exportent vers tout l'espace ottoman. Le bonnet rouge à gland est donc moins un objet né dans une ville qu'un objet méditerranéen, standardisé tardivement par un empire — dont le Maroc, précisément, ne faisait pas partie : le tarbouche marocain suit une histoire parallèle, liée au costume citadin, sans passer par l'uniformisation ottomane.
Le tarbouche dans le vestiaire marocain
Au Maroc, le tarbouche appartient au costume urbain masculin : il accompagne la jellaba ou le caftan d'homme dans les grandes occasions, les cérémonies religieuses et certaines tenues officielles ou protocolaires. On le voit lors des fêtes du calendrier — l'Aïd al-Fitr et son habit neuf, Achoura et les moussems — ainsi qu'aux mariages, où le marié le porte selon les familles ; il figure parfois parmi les effets réunis autour de la noce, aux côtés du trousseau de la mariée, le jhaz. Son usage quotidien a reculé au fil du XXe siècle, comme celui de la plupart des couvre-chefs traditionnels, mais il conserve une charge cérémonielle nette.
L'objet a aussi une carrière dans l'imaginaire occidental : l'orientalisme en a fait un accessoire de fantaisie, bien avant que des créateurs ne regardent le Maroc avec plus de sérieux — on pense à l'attachement d'Yves Saint Laurent à Marrakech, qui relève d'une autre histoire, documentée celle-là.
Le regard Maison Tanger
Maison Tanger ne vend pas de tarbouche. Ce que cette histoire nous rappelle, c'est qu'un objet de vestiaire peut porter plusieurs récits à la fois — et qu'il faut distinguer ce qu'on sait de ce qu'on répète. Nous appliquons la même exigence à nos matières : nos pièces sont en simili cuir PU, désigné comme tel, et notre vestiaire d'inspiration marocaine — dont les caftans et robes marocaines — cite ses sources sans se réclamer d'une authenticité qu'il n'aurait pas.