Le jhaz : le trousseau de la mariée et ce qu'il contient

Le jhaz désigne, au Maroc, le trousseau que la mariée apporte dans son nouveau foyer : vêtements et tenues de cérémonie, linge de maison, literie, vaisselle, parfois mobilier, bijoux et objets de valeur, réunis par sa famille dans la période qui précède le mariage. C'est à la fois un capital matériel, un langage social et un moment du rituel nuptial.

Le jhaz est une porte d'entrée privilégiée dans le vestiaire marocain : une part importante des tenues de fête qu'une femme possédera s'y constitue d'un coup.

Ce que contient un trousseau

Le contenu varie selon les régions et les milieux, mais les enquêtes menées sur les mariages marocains décrivent des constantes : des tenues — caftans, takchitas, jellabas habillées —, du linge de maison, des couvertures et de la literie, de la vaisselle et des ustensiles, et, selon les moyens, des bijoux. S'y ajoutent aujourd'hui l'électroménager et le mobilier. Le trousseau est souvent exposé puis transporté avec une certaine solennité vers le domicile conjugal, dans un cortège qui le montre au voisinage — la monstration fait partie de l'institution, comme l'entrée de la mariée en ammariya fait partie de la fête.

Une institution économique et contractuelle

Le jhaz ne se comprend qu'articulé au sdaq, la dot versée par l'époux, que le droit marocain encadre : selon les usages, une partie du sdaq sert précisément à constituer le trousseau, complétée par la famille de la mariée. Les biens du trousseau sont socialement considérés comme ceux de l'épouse, ce qui en fait une forme de sécurité matérielle dans le mariage — les travaux sur les mariages marocains insistent sur cette dimension patrimoniale bien plus que sur le folklore de la corbeille. Les parures nuptiales — tazra, taounza et diadèmes y tiennent une place particulière : ce sont les éléments les plus durables et les plus transmissibles.

Ce qu'on observe aujourd'hui

Le trousseau contemporain s'achète davantage qu'il ne se confectionne : le prêt-à-porter de cérémonie, la location de tenues et les listes négociées entre familles ont transformé sa constitution, et son ampleur varie fortement selon les budgets — les enquêtes soulignent la charge financière que le mariage fait peser sur les familles, trousseau compris. Les tenues du jhaz, elles, continuent de vivre après la noce : ressorties pour les mariages d'autrui, pour Achoura et les moussems et les fêtes du calendrier. Ce vestiaire nuptial est aussi celui qui a fasciné le regard extérieur, jusqu'à la haute couture — l'attachement d'Yves Saint Laurent à Marrakech en est l'épisode le plus documenté.

Le regard Maison Tanger

Maison Tanger ne vend pas de trousseau, mais nos caftans et robes marocaines s'inscrivent dans cette logique d'un vestiaire de fête constitué pour durer et resservir. La leçon du jhaz, pour une maison végane, tient à la notion de pièces de fond : mieux vaut peu d'articles choisis — une tenue, un sac en simili cuir PU assorti, sans matière animale — que l'accumulation d'un jour.

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