Le tifinagh est l'écriture des langues amazighes (berbères). Héritier des inscriptions libyco-berbères de l'Antiquité nord-africaine, conservé sans interruption par les Touaregs du Sahara, il a été standardisé au Maroc par l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) et adopté en 2003 comme graphie officielle de l'amazighe.
Si une page sur une écriture figure dans un guide consacré aux savoir-faire et villes de l'artisanat marocain, c'est que le tifinagh est devenu bien plus qu'un outil de notation : un emblème visuel de l'amazighité, présent des frontons officiels aux objets du quotidien.
Une écriture ancienne, une continuité saharienne
Des inscriptions dites libyco-berbères, gravées sur pierre, sont attestées dans toute l'Afrique du Nord dès l'Antiquité ; leur déchiffrement reste partiel. De cette famille d'alphabets, l'usage continu ne s'est maintenu que chez les Touaregs, où les tifinagh servaient traditionnellement à de courts messages, des dédicaces, des jeux — un usage social plus qu'administratif, transmis notamment par les femmes. Au XXe siècle, des militants culturels amazighs ont forgé des « néo-tifinagh », alphabets modernisés destinés à écrire pleinement la langue.
L'IRCAM et la standardisation
Au Maroc, le tournant institutionnel date du début des années 2000 : l'IRCAM, créé en 2001, est chargé de la promotion de la langue et de la culture amazighes ; en 2003, le choix du tifinagh — dans une version standardisée, dite tifinagh-IRCAM — est retenu pour écrire l'amazighe standard marocain, de préférence aux graphies arabe et latine également en débat. Ce choix, discuté à l'époque, a eu des effets concrets : manuels scolaires, signalétique, polices de caractères, enseignement. En 2011, la nouvelle Constitution marocaine fait de l'amazighe une langue officielle aux côtés de l'arabe, et une loi organique en a ensuite précisé la mise en œuvre progressive.
Ce qu'on observe aujourd'hui
Le tifinagh est désormais visible sur les bâtiments publics marocains, où la signalétique trilingue — arabe, tifinagh, latin — s'est progressivement généralisée, ainsi que dans l'enseignement, avec des degrés d'avancement variables selon les régions. Il est aussi devenu un motif graphique : lettres portées en bijou, intégrées au design, revendiquées par des créateurs. Dans la culture matérielle ancienne, la prudence s'impose : les signes des tissages ou des parures amazighes d'ambre et de corail relèvent d'un fonds géométrique dont la correspondance avec des lettres précises est rarement démontrable ; l'artisanat, de la sparterie d'alfa et de jonc aux décors savants du zellige, parle géométrie plus qu'alphabet. La structure des métiers eux-mêmes, décrite à travers l'organisation corporative de l'amine et de la hanta, ne passait d'ailleurs pas par l'écrit amazigh mais par l'oral et par l'arabe.
Le regard Maison Tanger
Une lettre n'est pas un ornement libre de toute charge culturelle : Maison Tanger n'imprime pas de tifinagh sur ses produits. Ce que cette histoire inspire à une maison de maroquinerie végane, c'est l'idée qu'un signe simple, géométrique, peut porter une identité entière — une exigence de dessin que nous appliquons, à notre échelle, aux lignes de nos sacs en simili cuir PU de la collection de sacs d'inspiration marocaine.