Le fil poissé est un fil de couture, généralement en lin ou en polyester câblé, enduit de cire ou de poix avant emploi, afin de rigidifier le brin, de lisser ses fibres et de le faire adhérer à lui-même une fois le point serré.
C'est le consommable de base de la couture main en maroquinerie, décrite en détail dans le guide anatomie d'un sac. On le trouve prêt à l'emploi, déjà ciré, ou brut : l'artisan le passe alors deux ou trois fois sur un bloc de cire. L'enduction n'est pas un raffinement décoratif ; c'est elle qui rend la piqûre sellier possible, en empêchant les deux brins de s'effilocher au passage dans un même trou.
À quoi sert l'enduction
La cire remplit trois fonctions distinctes. Elle raidit l'extrémité du fil, qui se présente seul dans le trou sans qu'on ait à l'enfiler à chaque point. Elle protège les fibres du frottement contre les bords du perçage ouvert à l'alêne, frottement qui, sur un ouvrage de quelques centaines de points, userait un fil nu bien avant la fin du travail. Elle colle enfin le fil sur lui-même et contre la matière, si bien que le point reste serré là où il a été posé au lieu de se relâcher au fil des manipulations. Un fil bien poissé se reconnaît au toucher : légèrement collant, mat, il garde la forme qu'on lui donne.
Pourquoi l'ouvrage tient même si un point cède
C'est là que se joue la différence avec une couture machine à chaînette. Une chaînette est faite d'un seul fil bouclé sur lui-même : coupez une boucle, tirez, et la couture se défait sur toute sa longueur. La couture main au fil poissé, elle, croise deux brins dans chaque trou et les bloque par friction et par adhérence de la cire. Si un point est sectionné, les deux brins voisins restent noués dans leur propre trou : la couture s'ouvre sur un point, éventuellement deux, et s'arrête. Le fil poissé n'est donc pas plus solide qu'un autre fil — il est plus local dans sa rupture. C'est cette propriété qui explique qu'une couture main se répare ponctuellement, alors qu'une chaînette rompue se refait entièrement. Un point d'arrêt en début et en fin de rang complète cette sécurité.
Ce que ça change à l'usage
Le fil poissé impose un rythme : le pas est marqué au préalable à la griffe à frapper, les trous sont ouverts un par un, et le travail avance lentement. Il sert donc là où l'effort se concentre — anses, pattes, embases de quincaillerie, angles d'un fond renforcé — plutôt que sur les longs assemblages, généralement traités à la machine. La cire laisse un fil légèrement plus épais, qui remplit mieux le trou et supporte un gaufrage voisin sans le marquer. Comme le pas doit rester constant, le tracé se règle sur gabarit. Les pièces métalliques cousues à proximité relèvent par ailleurs des mêmes règles de finition sans nickel que le reste. Ces coutures main se voient sur les points de charge de nos sacs en simili cuir PU, notamment aux attaches des sacs bandoulière.