L'alêne est un poinçon à lame fine, le plus souvent de section losangée, que le maroquinier enfonce à la main dans la matière pour ouvrir le trou de passage du fil en écartant les fibres au lieu de les retirer.
Elle appartient à la famille des outils qui préparent la couture, décrits avec le reste du vocabulaire d'atelier dans notre guide sur l'anatomie d'un sac. Le principe est simple : une couture main ne se loge jamais dans un trou creusé, mais dans un trou entrouvert, qui se referme sur le fil une fois l'aiguille passée.
Comment on la reconnaît
Une alêne de couture se reconnaît à sa lame plate et effilée, affûtée sur deux arêtes, montée sur un manche court tenu en pleine paume. La section losangée oriente le trou dans le sens du travail : c'est elle qui donne à la piqûre sellier son alignement de grains inclinés régulier. Dans un ordre de fabrication propre, l'alêne intervient après la griffe à frapper, qui marque l'emplacement des points et fixe le pas de couture ; l'alêne ne fait qu'ouvrir ce que la griffe a tracé. Le fil employé est presque toujours un fil poissé, dont la cire prend appui sur les parois du trou refermé.
L'erreur fréquente : percer à la mèche
Beaucoup de réparations rapides ouvrent les trous à la perceuse ou au poinçon rond. Le geste va vite, mais il enlève de la matière au lieu de l'écarter : chaque trou devient un vide permanent que le fil ne remplira jamais. La ligne de couture se transforme alors en ligne de perforations, et la matière se déchire de trou en trou dès que la traction augmente. Sur une pièce qui travaille — la base d'une anse, la patte qui reçoit un anneau en D, le pied d'un renfort de fond — l'assemblage est durablement affaibli, même si rien ne se voit pendant les premières semaines.
Ce que ça change à l'usage
Un trou d'alêne bien fait se referme sur le fil : la couture reste serrée, ne bâille pas et ne laisse pas entrer la poussière au fil des mois. C'est ce qui permet à une anse tressée de garder sa tension dans la durée, et à une couture de bord de rester nette même lorsque l'arête vive a été abattue au plus juste. À l'inverse, une reprise faite à la mèche tient quelques semaines puis file. Sur nos sacs en simili cuir PU comme sur les sacs bandoulière, les zones soumises à la traction sont préparées ainsi, trou après trou, avant tout passage de fil.