Le tannage au chrome est le procédé de transformation d'une peau animale en cuir par des sels de chrome trivalent (chrome III), qui stabilisent la structure de la peau en quelques heures et donnent un cuir souple, régulier et facile à teindre.
C'est aujourd'hui la voie majoritaire de la tannerie mondiale, décrite parmi les autres procédés dans le guide des matières de maroquinerie. Sa domination tient à trois qualités : la rapidité, puisque le bain agit en une journée là où l'alternative demande des semaines ; la souplesse, qui autorise des articles légers et fluides ; la régularité, qui permet de tenir un coloris constant d'un lot à l'autre.
Comment on le reconnaît
Un cuir tanné au chrome présente une tranche d'un bleu-gris pâle avant teinture — l'état intermédiaire dit « wet blue ». Une fois fini, il reste souple à froid, revient à sa forme après pliage, et absorbe peu l'eau en surface. Il se teint en bain et la couleur traverse la coupe, logique voisine de la teinture en masse pratiquée sur les polymères. À l'opposé, le tannage végétal donne une matière plus ferme, plus chaude de ton, qui se patine.
Le procédé s'applique aussi bien à la couche supérieure de la peau, la pleine fleur, qu'à la couche inférieure obtenue par refente, la croûte de cuir, qui n'a ni la même résistance ni la même surface. Côté couleur, les pigments déposés sur un cuir au chrome se comportent bien à l'usage, mais leur tenue à la lumière dépend du pigment employé, pas du tannage.
L'erreur fréquente : confondre chrome III et chrome VI
C'est la confusion la plus répandue et la plus lourde de conséquences. Le tannage emploie du chrome trivalent (chrome III), qui n'est pas classé comme sensibilisant cutané. Le chrome hexavalent (chrome VI) est une espèce chimique différente, allergène, qui peut apparaître par oxydation accidentelle lors d'une finition mal conduite ou d'un stockage inadapté. Sa présence dans les articles en cuir destinés au contact avec la peau est strictement encadrée par le règlement européen REACH. Dire qu'un cuir au chrome est « du chrome VI » est donc faux : le premier est le procédé, le second un contaminant que la réglementation vise précisément à exclure.
Ce que cela change à l'usage
Pour qui compare des matières, la conclusion est pratique : le mot « chrome » n'est ni un label de qualité ni un signal d'alerte, il décrit une chimie. Un article Maison Tanger ne relève d'aucun tannage, puisqu'il est monté en simili cuir PU (polyuréthane), sans matière animale ; les questions qui s'y posent sont celles de l'enduction et de son support, non celles de la peau. Sur la petite maroquinerie, la comparaison porte donc sur la tenue du pli et la finition des bords, et non sur le procédé de tannerie. Un dernier point n'a rien à voir avec la matière : le ternissement des métaux d'un article dépend du placage et de l'humidité ambiante, quel que soit le corps du sac.