Le tifinagh est l'écriture de la langue amazighe, héritière des alphabets libyco-berbères de l'Antiquité, normalisée sous la forme du néo-tifinagh par l'IRCAM en 2003 avant son adoption officielle au Maroc.
C'est un alphabet au sens plein : un inventaire fermé de caractères, chacun porteur d'une valeur sonore, ordonnés et transcriptibles. Les inscriptions libyco-berbères gravées sur pierre en Afrique du Nord en constituent l'ancêtre direct, et l'usage s'en est maintenu de façon continue chez les Touaregs, où l'écriture porte le nom de tifinagh sans interruption. Cette langue et son écriture appartiennent au socle culturel dont procède aussi le vestiaire marocain.
L'erreur : prendre des lettres pour des motifs
La confusion la plus courante consiste à traiter les caractères tifinaghs comme des ornements interchangeables : on les retourne, on les étire, on les répète en frise pour « faire berbère ». Une lettre retournée n'est plus la même lettre, ou n'en est plus une du tout. C'est exactement ce qui sépare l'écriture du motif amazigh : le motif est un vocabulaire graphique — losanges, chevrons, damiers — qui admet la variation et la symétrie libre ; l'alphabet code des sons et ne l'admet pas. Le tatouage amazigh relève, lui, d'un troisième registre, celui du signe corporel, qu'il ne faut pas davantage confondre avec une transcription.
Un alphabet normalisé
Le néo-tifinagh fixé au début des années 2000 tranche des questions restées ouvertes : nombre de caractères, formes retenues, sens de lecture de gauche à droite, correspondance avec les variantes régionales de la langue. Cette normalisation a permis l'entrée de l'écriture dans les manuels scolaires et la signalétique publique. Le caractère le plus reproduit hors contexte scolaire reste le yaz, dont la silhouette d'homme aux bras levés circule bien au-delà de sa valeur de lettre.
Ce que cela implique pour un objet
Employer du tifinagh sur un textile ou un accessoire, c'est écrire quelque chose. Il faut donc savoir ce qui est écrit, et respecter le sens de lecture. À défaut, mieux vaut se tourner vers les répertoires purement graphiques, qui n'engagent aucun énoncé : les bandes du tissage du Haut Atlas, qui suivent la contrainte du métier, ou les entrelacs calculés du zellige. Un accessoire comme l'aakad, bouton de passementerie, relève encore d'un autre ordre : celui de la main du passementier, sans valeur signifiante.
C'est la raison pour laquelle nous n'employons pas de caractères tifinaghs comme ornement, ni sur nos caftans, ni sur nos sacs marocains : le registre décoratif retenu reste géométrique.