Le tatouage amazigh est la pratique, propre aux femmes des populations berbères d'Afrique du Nord, de marquer durablement le visage, les mains et les avant-bras de signes indiquant l'appartenance tribale et le statut de la porteuse.
Ces marques n'étaient pas des ornements choisis librement : elles se posaient à des étapes précises de la vie et se lisaient par ceux qui en connaissaient le code. Le guide du vestiaire marocain les rattache au même système de signes que le vêtement, la parure et le textile domestique.
Un langage, pas un décor
Le répertoire recoupe largement celui du motif amazigh que l'on retrouve sur les tapis, les bijoux et les poteries : lignes verticales sur le menton, chevrons, losanges, croix, points groupés. Certains signes protègent, comme la khamsa, main ouverte destinée à détourner le mauvais œil ; d'autres marquent le passage à l'âge adulte, le mariage, le veuvage, ou l'appartenance à un groupe. La pose se faisait à l'aiguille, avec un pigment végétal ou de la suie, par des femmes spécialisées. Le henné, lui, remplit une fonction voisine mais temporaire : il orne pour une cérémonie et s'efface.
Une pratique en fort recul
Depuis le milieu du XXe siècle, le tatouage facial a presque disparu. Deux mouvements s'y conjuguent : une réprobation religieuse, qui y voit une altération du corps, et une réprobation sociale, qui l'associe au monde rural et à un passé que l'on veut quitter. Beaucoup de femmes âgées portant ces marques les dissimulent aujourd'hui, et certaines ont cherché à les faire retirer. La transmission s'est interrompue.
Pourquoi l'usage décoratif pose problème
Ces signes circulent désormais comme motifs graphiques, appliqués à des objets et à des vêtements sans mention de leur fonction d'origine. Le geste appauvrit deux fois : il vide le signe de son sens et il efface la contrainte sociale que ces femmes ont portée sur leur visage. Nommer ce que l'on reprend, et dire d'où cela vient, est le minimum. La même exigence vaut pour l'écriture tifinagh, pour les points comptés du terz el-ghorza, pour les répertoires urbains de Tétouan comme pour les compositions du tissage du Haut Atlas.
C'est la ligne que suit le dessin de nos sacs marocains : s'inspirer de proportions et de couleurs, sans reprendre des signes dont l'usage appartient à d'autres.