Le zellige est une mosaïque de terre cuite émaillée dont chaque tesselle est taillée à la main au marteau, puis assemblée face contre table, à l'envers, avant d'être solidarisée au mortier.
La technique s'est développée à Fès et à Meknès entre le XIIIe et le XIVe siècle, et elle n'a pas changé de principe depuis. Elle appartient au même fonds ornemental que les broderies et les tissages décrits dans notre vestiaire marocain : une géométrie construite, sans figuration, développée à l'infini à partir d'un module.
La chaîne de fabrication
Tout commence par une argile grise locale, pétrie puis foulée, étalée à la main en galettes carrées et séchée au soleil. Une première cuisson donne le biscuit ; l'émail est appliqué à la louche sur une seule face, puis recuit. Le carreau émaillé est ensuite tracé au calibre et taillé au menqach, marteau à panne tranchante, le maître frappant sur la tranche du biscuit pour dégager la forme voulue : étoile, amande, hexagone, fuseau. Les tesselles sont enfin posées émail vers le bas, sur un tracé au sol, et noyées de mortier. On ne découvre l'ouvrage qu'au retournement, une fois pris.
L'erreur : le carreau imprimé vendu sous le même nom
Le commerce appelle aujourd'hui « zellige » des carreaux industriels sérigraphiés qui imitent la mosaïque en surface. La différence se voit à l'œil nu. Un zellige véritable présente des joints réels entre tesselles, des arêtes irrégulières issues du marteau, un émail d'épaisseur variable qui bouge sous la lumière et des nuances légèrement différentes d'une pièce à l'autre. Un carreau imprimé offre au contraire une surface plane, un motif répété à l'identique et des « joints » qui ne sont qu'un dessin.
Une famille d'artisanats de matière locale
Le zellige n'existe pas isolément. Il partage avec le tadelakt, enduit de chaux poli à la pierre, la même destination : revêtir un mur d'une surface qui résiste à l'eau. Il partage avec la poterie de Safi la chaîne argile-émail-cuisson, appliquée à d'autres formes. Et il relève de la même économie que les métiers de la fibre : la halfa tressée fournit la vannerie d'alfa, la laine feutrée du Sud donne la cape akhnif. Le principe vaut jusqu'aux petites pièces d'apparat, la passementerie nouée d'un aakad ou les perles de résine de l'ambre berbère.
La transmission suit la même règle qu'ailleurs : par l'atelier et par l'école, à Fès comme à Dar Sanaa. Pour un objet porté, le zellige n'apporte pas une matière mais une grammaire : des étoiles à huit branches et des entrelacs que l'on retrouve, simplifiés, sur nos caftans et nos sacs marocains.