Bab Debbagh : les tanneries historiques de Marrakech

Bab Debbagh — littéralement « la porte des tanneurs » — est une porte orientale de la médina de Marrakech, qui a donné son nom au quartier des tanneries installé à proximité, le long de l'oued Issil. On y transforme les peaux en cuir selon des procédés largement traditionnels, dans des bassins à ciel ouvert.

Le site compte parmi les lieux les plus visités et les plus photographiés de l'artisanat marocain, de ses techniques et de ses villes — ce qui oblige, précisément, à distinguer ce qui est documenté de ce qui relève du récit local.

L'origine : l'eau comme facteur d'implantation

Le tannage exige de l'eau en abondance, pour tremper, laver et rincer les peaux à chaque étape. L'implantation des tanneurs près de l'oued Issil, en bordure orientale de la médina, répond à cette contrainte, comme elle y répond à Fès autour de ses propres tanneries : en aval du tissu urbain, là où les rejets et les odeurs incommodent le moins. Le quartier est ancien et son activité attestée de longue date ; en revanche, l'âge exact des fosses actuelles et les récits de fondation transmis sur place — souvent invérifiables — doivent être pris pour ce qu'ils sont : une mémoire orale, précieuse mais non datée. Les guides locaux content volontiers des origines contemporaines de la fondation de la ville ; les sources écrites, elles, permettent surtout d'affirmer la continuité du métier sur plusieurs siècles.

La pratique : chaux, bains et séchage

Le principe du tannage traditionnel est resté lisible sur le site : les peaux brutes sont d'abord trempées et passées en bains de chaux pour éliminer poils et chairs, puis assouplies — les tanneries marocaines sont connues pour l'usage traditionnel de fientes de pigeon dans cette phase —, avant le tannage proprement dit dans des bains à base de matières végétales locales, écorces et plantes tannantes. Viennent ensuite teinture, essorage et séchage au soleil sur les terrasses. Ce cuir alimente les métiers d'aval de la médina : maroquiniers, selliers, et la cordonnerie qui produit la belgha, la babouche marocaine. Le travail reste rude, physique, exposé aux produits comme aux odeurs — une réalité que la photogénie des fosses colorées fait facilement oublier.

Ce qu'on observe aujourd'hui

Le site vit désormais une double vie : lieu de production réel et étape touristique, avec ses guides officieux et son commerce de terrasses panoramiques. L'urbanisation exerce une pression constante — question de foncier, d'accès à l'eau, de rejets et de voisinage —, et une partie du tannage marocain s'est déplacée vers des unités industrielles périphériques. La question de la juste retombée des images se pose ici avec acuité : les tanneurs figurent sur d'innombrables photographies dont ils ne tirent rien, un cas d'école du débat sur l'inspiration et l'appropriation dans l'artisanat. Marrakech garde par ailleurs d'autres pôles de matière première, comme le Moyen Atlas voisin pour le bois de cèdre, ou d'autres villes pour les textiles — de la broderie chefchaounie à la broderie rbati de Rabat.

Le regard Maison Tanger

Bab Debbagh travaille le cuir animal ; Maison Tanger a fait un autre choix de matière : nos sacs marocains sont en simili cuir PU, sans matière animale. Nous ne mettons donc pas les tanneries dans nos images produit, et nous ne leur empruntons pas leur caution : ce que nous retenons d'elles, c'est l'intelligence d'implantation, la patience des bains et le respect du travail dur — un patrimoine que l'on documente ici, sans le costume.

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