Armure toile : définition et usage

L'armure toile est le mode de tissage le plus simple, dans lequel chaque fil de trame passe alternativement au-dessus puis au-dessous de chaque fil de chaîne, ce qui donne un entrecroisement en damier et le nombre maximal de points de liage par unité de surface.

Cette structure élémentaire est aussi la plus ancienne et la plus répandue. Elle sert de référence pour comprendre les deux autres armures fondamentales, présentées avec elle dans le guide des matières de maroquinerie.

Reconnaître une armure toile

Deux indices suffisent. Le premier est visuel : à la loupe ou en pleine lumière, on distingue un quadrillage régulier, sans direction privilégiée, identique à l'endroit et à l'envers. Le second est mécanique : le tissu ne glisse pas sur lui-même et ne présente aucune brillance orientée. Une armure satin montre au contraire une nappe brillante et un envers mat, tandis qu'une armure sergé se reconnaît à ses côtes en diagonale.

La famille est large. Un taffetas est une armure toile serrée en fils fins, qui doit son craquant à cette densité et non à une composition particulière. Une toile de doublure, un canevas de renfort ou un coton de sac partagent la même construction avec des grammages très différents.

L'erreur fréquente : la juger commune

Parce qu'elle est partout et qu'elle n'a rien de spectaculaire, l'armure toile passe pour un choix par défaut. C'est un contresens technique. La multiplication des points de liage bloque chaque fil sur une distance très courte : rien ne peut être tiré librement, ce qui limite fortement le filage, et la contrainte se répartit sur un grand nombre de croisements au lieu de se concentrer. À composition et grammage comparables, une toile offre ainsi souvent la meilleure tenue en résistance à la déchirure et à la propagation d'un amorçage.

Sa réputation de banalité vient de son aspect, pas de ses performances. Un tissu qui ne brille pas et ne montre aucun relief n'a simplement rien à exhiber ; c'est précisément ce qu'on demande à un fond de sac ou à un renfort de couture.

Ce que cela change à l'usage

Le revers de la stabilité est la rigidité : une toile se drape mal, marque les plis et se casse plus franchement qu'un sergé. Elle absorbe aussi l'eau de façon uniforme, ce qui rend l'auréole d'eau moins probable mais le séchage plus lent. Ses fibres, bien tenues, bouchonnent peu, si bien que le boulochage y reste limité par rapport à un tissu à flottés. Grattée, elle peut recevoir un aspect suédé ; pressée entre cylindres lors d'un calandrage, elle gagne du lissé et de la fermeture, au prix d'une partie de sa souplesse.

Concrètement, c'est l'armure des doublures de fond, des renforts de bandoulière et des poches intérieures. Dans un sac en simili cuir PU ou dans un article de petite maroquinerie, la toile travaille sans se voir, et c'est son intérêt.

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