Le couffin en doum : vannerie et économie rurale au Maroc

Le couffin marocain est un panier souple tressé en doum, la fibre tirée des feuilles du palmier nain, une plante qui pousse à l'état sauvage dans une grande partie du Maroc. Longtemps cantonné au marché et aux usages domestiques, il est devenu, au fil des dernières décennies, un accessoire d'été diffusé bien au-delà du pays.

La vannerie du doum illustre un pan discret mais essentiel de l'artisanat marocain et de ses savoir-faire : un artisanat de matière locale, largement rural, dont la valeur tient moins au décor qu'à la justesse du geste et à la régularité du tressage.

Le doum : une fibre récoltée, séchée, tressée

Le palmier nain pousse en touffes basses sur les plateaux et les collines de nombreuses régions marocaines. Ses feuilles en éventail sont coupées, mises à sécher jusqu'à prendre une teinte paille, puis fendues en lanières. Selon les régions, ces lanières sont tressées telles quelles, teintes, ou associées à d'autres fibres végétales comme l'alfa ou le jonc. Le tressage se fait le plus souvent en bandes plates, ensuite enroulées et cousues entre elles pour monter le corps du panier, avant la pose des anses.

Ce travail est traditionnellement domestique et souvent féminin dans les campagnes, tandis que la finition et la vente passent par les souks et, de plus en plus, par des coopératives qui regroupent les productrices et négocient de meilleurs prix.

Un objet central de l'économie domestique

Avant d'être un objet de mode, le couffin est un outil : on y porte les légumes du marché, le pain au four collectif, les récoltes, le linge. Sa souplesse permet de le rouler ou de l'aplatir quand il est vide, sa fibre supporte la charge et se répare facilement. Dans beaucoup de foyers ruraux, la vente de paniers et de nattes a longtemps constitué un complément de revenu régulier, à côté de l'agriculture — une économie modeste mais stable, qui explique la persistance du métier.

La vannerie occupe ainsi, côté campagne, la place que tiennent en ville des métiers plus spectaculaires comme la dinanderie de Fès. Elle partage avec les tisserands de Fès une même logique de production en série de gestes simples, où la qualité se juge à la régularité.

La reprise par la mode occidentale

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, le panier de marché est progressivement adopté comme sac d'été en Europe, puis mondialement diffusé par la mode balnéaire. Cette demande a transformé l'objet : formats réduits, doublures en tissu, pompons, broderies de laine, et surtout anses en cuir cousues ou rivetées, qui rapprochent le couffin du sac de maroquinerie. Le travail du cuir appliqué à la vannerie s'inscrit d'ailleurs dans une longue histoire marocaine, qui remonte aux traditions décrites autour du cuir de Cordoue et de son héritage andalou.

Cette reprise a des effets ambivalents : elle soutient les revenus des productrices et maintient le métier vivant, mais elle tire aussi la production vers des modèles standardisés pensés pour l'export. La transmission formelle des métiers d'art, comme celle qu'assure Dar Sanaa à Tétouan pour d'autres disciplines, reste rare dans la vannerie, qui s'apprend surtout en famille.

Le regard Maison Tanger

Le couffin rappelle qu'un grand sac peut naître d'une idée simple : un volume souple, deux anses, aucune fermeture superflue. Nos sacs marocains en simili cuir PU reprennent cette générosité de volume dans une matière lisse et sans matière animale, plus adaptée à un usage urbain quotidien ; et l'esprit du couffin d'été accompagne naturellement les tenues amples de nos caftans et robes marocaines. L'hommage se veut sobre : retenir la forme et l'usage, sans imiter la fibre.

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