Le Maroc dans la mode européenne : citation ou emprunt ?

Depuis le milieu du XXe siècle, la mode européenne puise régulièrement dans le vêtement marocain : silhouettes de caftans, capuchons de djellabas, ceintures brodées, palettes associées à Marrakech. La question qui traverse cette histoire est celle du crédit : quand une collection cite-t-elle une culture, et quand se contente-t-elle d'y puiser sans la nommer ?

Pour mesurer ce que la haute couture a emprunté, il faut d'abord connaître le vestiaire marocain lui-même — caftan, takchita, jellaba et le reste : c'est la référence à l'aune de laquelle se jugent les reprises européennes.

Une attirance ancienne, accélérée au XXe siècle

L'orientalisme du XIXe siècle avait déjà mis le Maghreb en images ; la mode s'en est emparée au XXe siècle par vagues successives. Dans les années 1960 et 1970, le caftan devient un vêtement d'intérieur puis de soirée dans les garde-robes occidentales, porté par des figures de la jet-set photographiées à Marrakech ou à Tanger. Yves Saint Laurent, qui séjourna une grande partie de sa vie à Marrakech à partir de la fin des années 1960, a plusieurs fois reconnu ce que sa palette et certaines de ses lignes devaient à la ville — l'un des exemples les plus clairs de citation assumée et nommée.

Depuis, les références réapparaissent régulièrement : capes à capuchon inspirées du burnous ou de la djellaba, broderies de passementerie évoquant les boutons akaad, drapés rappelant les grandes étoffes portées. La djellaba, dont l'histoire au XXe siècle est elle-même faite de déplacements — du masculin au féminin, du rural à l'urbain — se prête particulièrement à ces relectures.

Citation créditée ou emprunt anonyme : où passe la frontière

Trois critères aident à juger chaque cas. Le premier est la nomination : la maison dit-elle explicitement sa source — pays, vêtement, technique — dans la présentation de la collection ? Le deuxième est la précision : reprendre les étoffes du caftan — brocart, damas, velours ou une coupe identifiable engage plus qu'une vague « inspiration voyage ». Le troisième est la participation : des artisans ou ateliers marocains ont-ils été associés et rémunérés, ou seulement imités ? Faute de sources fiables collection par collection, mieux vaut d'ailleurs s'abstenir de dresser des listes de coupables : chaque cas demande une vérification datée que peu d'articles font sérieusement.

Le débat s'est durci ces dernières années, à mesure que la notion d'appropriation culturelle s'est installée dans la critique de mode. Il a aussi eu un effet positif : pousser les maisons à documenter leurs références et, parfois, à collaborer réellement avec les ateliers.

Ce que le Maroc en a fait

Le mouvement n'est pas à sens unique. Les créateurs marocains du caftan contemporain ont retourné la situation en s'appropriant les codes de la haute couture — défilés, collections saisonnières, presse — pour porter leur propre patrimoine. Les défilés de caftan organisés au Maroc ont donné à cette scène une vitrine nationale puis internationale, et déplacé le centre de gravité : le caftan de création se montre désormais d'abord depuis le Maroc.

Le regard Maison Tanger

Maison Tanger se situe volontairement du côté de la citation nommée : nos modèles disent leur source — le vestiaire et l'artisanat marocains — dans leurs noms comme dans leurs lignes. Nos caftans et robes marocaines assument la filiation ; nos sacs marocains en simili cuir PU transposent des formes et des proportions héritées, sans copier de pièce ancienne ni prétendre à l'authenticité artisanale d'un atelier de médina. Nommer ce qu'on doit : c'est la ligne de partage que cette histoire enseigne.

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