La djellaba au XXe siècle : du masculin au vestiaire de toutes

La djellaba est une robe longue à manches amples et à capuchon pointu, portée au Maroc par-dessus les autres vêtements. Longtemps pièce essentiellement masculine, elle a été adoptée par les femmes des villes au cours du XXe siècle, au point de devenir l'un des vêtements d'extérieur les plus répandus du pays, pour les deux sexes.

Cette bascule est l'un des épisodes les plus commentés de l'histoire du vestiaire marocain — caftan, takchita, jellaba et le reste : rarement un vêtement a changé de porteurs, de statut et de sens en si peu de générations.

Un vêtement d'homme, de laine et de route

Dans sa forme ancienne, la djellaba est un vêtement masculin de laine tissée, sobre, taillé pour protéger du froid, de la pluie et de la poussière — le capuchon servant aussi bien de couvre-chef que de poche. Elle coexiste avec d'autres pièces du répertoire : le burnous, cape à capuchon, ou la gandoura, tunique légère sans manches portée dessous ou l'été. Les photographies et les récits de voyage du début du XXe siècle la montrent portée dans tout le pays, avec des variations régionales de laine, de rayures et de coupe.

L'adoption féminine : une bascule urbaine

L'adoption de la djellaba par les femmes est un phénomène urbain du XXe siècle, que les études situent généralement autour du milieu du siècle, dans le contexte du nationalisme, de la scolarisation des filles et du travail féminin hors du foyer. Elle accompagne l'abandon progressif du haïk, le grand drapé blanc urbain, jugé peu pratique pour la vie active : la djellaba, fermée, à manches, laissant les mains libres, offrait une modestie jugée équivalente avec une commodité bien supérieure. Les sources photographiques datées montrent la transition s'accélérer après l'indépendance, avec des djellabas féminines d'abord proches du modèle masculin, puis rapidement différenciées : tissus plus légers, couleurs, broderies au point de sfifa, boutons passementés.

La djellaba aujourd'hui : quotidienne et créative

La djellaba féminine est devenue un terrain de mode à part entière : tissus d'été fluides, coupes ajustées ou amples, capuchon parfois réduit à un signe. Elle se décline du modèle de tous les jours, acheté au souk, à la pièce de créateur travaillée dans les étoffes de cérémonie — damas, velours, satin. Les stylistes la font défiler aux côtés du caftan lors des défilés consacrés au vêtement traditionnel au Maroc, et la diaspora l'a installée dans les villes européennes, notamment pour les fêtes religieuses. Le vêtement masculin, lui, garde sa place les vendredis et jours de fête — signe que l'ancien usage n'a pas disparu, mais s'est spécialisé.

Le regard Maison Tanger

L'histoire de la djellaba montre qu'un vêtement traverse le temps quand il sait changer de mains : même silhouette, nouveaux usages. Nos caftans et robes marocaines s'inscrivent dans cette logique — des coupes héritées, pensées pour la vie d'aujourd'hui — et un vêtement ample appelle un accessoire net : c'est le rôle que nous donnons à nos sacs marocains en simili cuir PU, lignes simples sous un vêtement qui a déjà tout le volume.

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