Le Maroc consacre depuis les années 1990 des défilés entiers au caftan, dont le plus connu, le show « Caftan », a été lancé par la presse féminine marocaine et se tient généralement chaque année dans une grande ville du royaume. Ces manifestations ont fait du vêtement de cérémonie un spectacle médiatique national — avec des effets profonds, et discutés, sur le métier.
Pour comprendre ce que ces podiums mettent en scène, il faut avoir en tête l'ensemble du vestiaire marocain — caftan, takchita, jellaba et le reste : les défilés en sont à la fois la vitrine et la relecture permanente.
L'origine d'une vitrine
L'idée naît dans la presse magazine féminine marocaine au cours des années 1990 : consacrer au caftan un événement annuel sur le modèle des défilés de mode internationaux, avec créateurs invités, mannequins, scénographie et retransmission télévisée. Le pari a réussi au point que l'événement est devenu un rendez-vous attendu, imité par d'autres manifestations au Maroc et dans la diaspora. Les détails — année exacte de la première édition, organisateurs successifs — varient selon les sources, et mieux vaut les vérifier au cas par cas que les réciter de mémoire ; l'essentiel est ailleurs : c'est la première fois qu'un vêtement traditionnel marocain disposait de sa propre scène professionnelle récurrente.
Ce qu'on y voit : un patrimoine relu chaque année
Chaque édition travaille des thèmes : une ville, une région, une époque, un dialogue avec un autre pays. Les créateurs y puisent dans tout le répertoire — le caftan bien sûr, mais aussi des pièces moins attendues : la gandoura et la tagandourt revisitées en tenues du soir, des capes qui citent le burnous, des drapés qui font revivre le haïk disparu des villes. Les accessoires suivent : ceintures inspirées du hzam tissé de Fès, bijoux d'argent, passementeries. Certaines scénographies convoquent les lieux mêmes de la culture du corps et du vêtement, jusqu'au rituel du hammam et à ses textiles. Le défilé fonctionne ainsi comme un musée vivant — avec la liberté, et les infidélités, que suppose le spectacle.
Les effets sur le secteur
Le bilan généralement dressé est double. Au crédit : la professionnalisation — des créateurs devenus des marques, des carrières de mannequins et de brodeuses, une presse spécialisée — et une demande soutenue pour la belle façon, qui fait travailler ateliers de broderie et passementiers. La vitrine a aussi installé le caftan marocain sur la scène internationale, renforçant la position du pays dans les débats sur l'origine du vêtement. Au débit, les critiques régulières : une surenchère spectaculaire qui éloigne parfois le podium du vêtement portable, des prix de haute façon inaccessibles au plus grand nombre, et le risque de figer en « show » un patrimoine dont la vie réelle est ailleurs — dans les mariages, les fêtes religieuses et la transmission familiale.
Le regard Maison Tanger
Nous regardons ces défilés comme un répertoire d'idées, pas comme un modèle commercial : notre terrain est le vêtement portable. Nos caftans et robes marocaines retiennent des podiums la leçon des lignes — une silhouette nette, une étoffe qui prend la lumière — sans la démesure des pièces de scène ; et nos sacs marocains en simili cuir PU jouent le rôle discret que le podium confie aux accessoires : souligner, jamais éclipser.