La khamsa : histoire d'un motif partagé en Méditerranée

La khamsa est un motif en forme de main ouverte à cinq doigts, réputé protéger du mauvais œil, présent depuis des siècles dans les cultures musulmanes et juives du pourtour méditerranéen. Son nom vient de l'arabe khamsa, cinq ; on l'appelle aussi main de Fatma dans le monde musulman et main de Miriam, ou hamsa, dans la tradition juive. Aucune communauté ne peut en revendiquer l'exclusivité : c'est précisément un motif de circulation.

Au Maroc, la khamsa traverse la bijouterie, la broderie, le cuir et la ferronnerie, et compte parmi les signes les plus reconnaissables de l'artisanat marocain, ses techniques et ses villes.

Un motif ancien aux origines discutées

Des mains ouvertes à valeur protectrice sont attestées dans plusieurs cultures antiques de la Méditerranée, et des antécédents puniques sont souvent évoqués, notamment en lien avec les représentations associées à la déesse Tanit. La filiation directe entre ces images antiques et la khamsa actuelle reste toutefois débattue : les historiens constatent une continuité de formes plus qu'ils ne prouvent une transmission ininterrompue. Ce qui est établi, c'est la diffusion large et ancienne du motif en Afrique du Nord, en Andalousie et au Proche-Orient, portée par des populations qui se côtoyaient et échangeaient leurs répertoires décoratifs.

Des lectures concurrentes, aucune autorité unique

Les interprétations coexistent sans qu'aucune fasse autorité. Dans les milieux musulmans, le chiffre cinq est parfois rattaché aux cinq piliers de l'islam, et le nom de Fatma renvoie à la fille du Prophète — deux associations répandues, mais tardives et discutées par les spécialistes. Dans la tradition juive nord-africaine, la hamsa est liée à la protection du foyer et accompagne mariages et naissances. Dans les campagnes, la main relève souvent d'un registre plus ancien de gestes apotropaïques : la paume tendue qui arrête le mauvais œil. Présenter une seule de ces lectures comme la vérité du motif serait trahir son histoire, qui est celle d'un signe partagé, réinterprété par chaque communauté.

Où on la rencontre aujourd'hui

La khamsa se rencontre au Maroc sous toutes les techniques : pendentifs et fibules d'argent, heurtoirs de porte, broderies, tapis où le motif se géométrise dans les tissages de la laine marocaine, cuirs estampés — un support qui rappelle que le travail des peaux marocaines a une histoire européenne, celle du mot maroquin, passé du Maroc à l'Europe. On la trouve aussi bien dans les ateliers de maroquinerie de Marrakech que dans la bijouterie citadine ou rurale, et sa promotion touristique et commerciale est encouragée par les institutions publiques de l'artisanat marocain. Devenue aussi un signe identitaire et décoratif mondialisé, elle circule sur des objets qui n'ont plus aucun lien avec ses usages protecteurs — évolution que certains regrettent, que d'autres voient comme la suite logique d'une très longue histoire de circulation.

Le regard Maison Tanger

Nous traitons la khamsa avec retenue : c'est un signe chargé, partagé par plusieurs communautés, et il ne se réduit pas à un ornement de saison. Quand un motif de ce répertoire inspire une pièce, nous préférons l'évocation discrète — une géométrie, une ligne — à la reproduction littérale. Nos sacs marocains en simili cuir PU et nos caftans empruntent au vocabulaire visuel marocain sa rigueur plutôt que ses symboles religieux ou protecteurs, qui appartiennent d'abord à ceux qui y croient.

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