La laine travaillée dans le tissage marocain provient pour l'essentiel de races ovines locales, élevées des plaines atlantiques aux hauts plateaux de l'Atlas et de l'Oriental. La qualité de la fibre varie selon la race, l'altitude et la saison de tonte, puis selon une chaîne de préparation entièrement manuelle dans le cadre traditionnel : tri, lavage, séchage, cardage et filage au fuseau.
Cette matière est le socle de tout un pan de l'artisanat marocain, de ses techniques et de ses villes : tapis, tentures, couvertures et pièces de costume rural en dépendent directement.
Des races locales, des laines différentes
Parmi les races ovines marocaines les plus citées figurent la Timahdite, associée au Moyen Atlas, la Sardi, race des plateaux du centre, la Beni Guil, emblématique de l'Oriental, et la D'man, race prolifique des oasis. Chacune donne une laine de caractère différent — plus ou moins longue, plus ou moins fine, plus ou moins chargée en jarre, ces fibres raides qui piquent. Traditionnellement, les tisseuses distinguent aussi les laines selon la partie de la toison et selon l'âge de l'animal, la laine d'agneau étant la plus douce. L'altitude joue son rôle : les troupeaux de montagne, soumis au froid, donnent des toisons denses recherchées pour les pièces chaudes. Toute affirmation plus précise sur telle race et telle qualité mérite vérification : les usages varient fortement selon les régions.
Du suint au fil : lavage, cardage, filage
La toison brute, chargée de suint et de poussière, est d'abord triée puis lavée — traditionnellement à grande eau, aux sources ou aux rivières — et séchée au soleil. Vient le cardage : la laine est passée entre deux cardes à pointes métalliques qui démêlent et alignent les fibres, travail long, souvent collectif et féminin. Le filage se fait au fuseau, tige de bois lestée que la fileuse fait tourner pour tordre la mèche en fil continu ; l'épaisseur et la torsion du fil décident déjà de la pièce à venir, fil fin pour les tissages serrés, fil rond pour les nouages de tapis. Le fil est ensuite tissé, très souvent sur le métier vertical des campagnes, ou teint au préalable.
Ce qu'on observe aujourd'hui
La filière traditionnelle coexiste désormais avec des laines industrielles, lavées et filées mécaniquement, parfois importées, et avec des fils synthétiques qui imitent l'aspect de la laine à moindre coût. Les coopératives féminines, soutenues par les institutions publiques de l'artisanat marocain, maintiennent la chaîne manuelle complète dans certaines régions, notamment pour les tapis destinés à une clientèle attentive à la matière. La laine se négocie toujours dans les souks, y compris au cœur des médinas inscrites au patrimoine mondial, et alimente aussi bien le tissage rural que les ateliers et souks de Marrakech, où tapis et cuirs se vendent souvent côte à côte — le cuir ayant, lui, sa propre histoire de matière voyageuse, celle du maroquin, mot passé du Maroc à l'Europe.
Le regard Maison Tanger
Maison Tanger ne travaille aucune matière animale : ni laine, ni cuir. Ce que cette chaîne de la toison au fil nous enseigne relève d'autre chose — le respect du temps de préparation, l'idée qu'une belle pièce commence bien avant l'assemblage. Nos sacs marocains en simili cuir PU et nos caftans reprennent du textile marocain ses géométries et ses palettes, en le disant clairement : l'hommage porte sur les formes, pas sur la matière.