Rhassoul et savon noir : les matières du hammam marocain

Le rhassoul (ou ghassoul) est une argile naturelle extraite au Maroc, dans la région du Moyen Atlas, utilisée depuis des générations pour laver le corps et les cheveux ; le savon noir est une pâte végétale à base d'olive, employée au hammam avec le gant de gommage. Ces deux matières forment le socle du rituel du bain marocain.

L'une vient de la mine, l'autre du moulin à olives : à elles deux, elles racontent un pan entier de l'artisanat et des savoir-faire marocains, celui des matières premières du quotidien, façonnées simplement et vendues chez les droguistes des médinas.

Une argile extraite, un savon fabriqué

Le rhassoul provient de gisements situés dans le Moyen Atlas, du côté de la vallée de la Moulouya ; le mot dérive de l'arabe « ghassala », laver. L'argile est extraite en galeries, remontée en blocs, séchée au soleil, puis vendue en plaques, en morceaux ou réduite en poudre. Préparée en pâte avec de l'eau — traditionnellement parfois macérée avec des roses, des clous de girofle ou des herbes —, elle s'applique sur la peau et les cheveux puis se rince : elle nettoie par absorption, sans mousser.

Le savon noir, lui, est un produit de transformation : pâte onctueuse, brune à noire, obtenue à partir d'olives — chair, huile ou résidus de trituration selon les fabriques — traitées avec une base alcaline. Sa fabrication reste liée aux régions oléicoles, et sa texture, entre pommade et miel épais, le distingue des savons durs.

Le rituel du hammam

Au hammam, l'ordre des gestes est assez constant : la chaleur humide ouvre la peau ; le savon noir s'applique et se laisse poser ; le gant rêche — la kessa — vient ensuite frictionner le corps ; le rhassoul intervient pour laver la peau ou les cheveux ; l'eau, versée au seau, ponctue chaque étape. Le hammam n'est pas seulement une salle d'eau : bain de quartier attenant au four à pain, lieu de sociabilité féminine et masculine à horaires séparés, étape des préparatifs de mariage. Prudence toutefois sur les vertus prêtées à ces matières : au-delà du lavage et du gommage, les allégations cosmétiques doivent rester mesurées — les traditions leur attribuent beaucoup, les preuves sont une autre affaire.

Ce qu'on observe aujourd'hui

Rhassoul et savon noir ont largement débordé le hammam de quartier : conditionnés, parfumés, étiquetés, ils sont devenus des ingrédients et des produits d'exportation présents dans les rayons cosmétiques de nombreux pays. L'exportation de matières marocaines n'a rien d'inédit — les peaux tannées suivaient déjà la route du cuir marocain vers l'Europe à l'époque moderne —, mais elle prend ici le chemin inverse d'autres filières, comme la soie au Maroc, dont la production a décliné. Chez les droguistes des médinas, ces matières voisinent avec les épices précieuses comme le safran de Taliouine, et parfois avec des fibres au nom flatteur comme le sabra, dit soie végétale : l'étal marocain mêle le vrai terroir et les appellations à vérifier.

Le regard de Maison Tanger

Le hammam enseigne une forme d'économie de moyens : peu de matières, bien choisies, des gestes précis, et un résultat qui tient à la régularité plus qu'à l'accumulation. Maison Tanger retient cette sobriété : des sacs marocains en simili cuir PU, sans matière animale, qui s'entretiennent simplement — un chiffon doux, de l'eau savonneuse — et des caftans pensés pour durer au-delà d'une saison. Là aussi, le soin vaut mieux que la surenchère.

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