La soie au Maroc : sériciculture, importation et déclin

La soie occupe dans le textile marocain une place réelle mais souvent mal décrite : le Maroc a été un grand pays de tissage, de broderie et de passementerie de la soie, bien plus qu'un grand producteur de soie grège. La sériciculture y est attestée, mais elle est restée limitée, et une part importante de la matière première a longtemps été importée.

Cette histoire s'inscrit dans l'ensemble des techniques et savoir-faire de l'artisanat marocain : la soie y intervient moins comme fibre cultivée que comme fil précieux, transformé dans les médinas par des corps de métier spécialisés.

Une sériciculture attestée, mais limitée

L'élevage du ver à soie et la culture du mûrier sont mentionnés de longue date au Maghreb, et des foyers de production locale ont existé au Maroc, variables selon les régions et les époques. Les sources signalent des plantations de mûriers autour de certaines villes, sans qu'une filière d'ampleur s'y soit durablement maintenue. Ces quantités n'ont jamais suffi à alimenter les ateliers urbains : Fès, principal centre du tissage de luxe — brocarts, ceintures de cérémonie, garnitures de caftan —, a durablement dépendu de soies venues d'ailleurs, arrivées par les circuits marchands méditerranéens. La soie marocaine est donc d'abord une affaire de transformation : dévidage, moulinage, teinture, tissage et broderie, organisés en métiers distincts. C'est ce qui explique un paradoxe apparent : un artisanat de la soie brillant, dans un pays où la fibre elle-même fut toujours rare.

Les métiers du fil dans les médinas

Autour du fil de soie gravitaient des métiers complémentaires : teinturiers, tisserands, brodeuses et passementiers, dont la passementerie du vêtement marocain — sfifa, aakad et randa reste l'expression la plus visible sur le caftan. Les ceintures tissées de Fès, portées sur le caftan, comptaient parmi les pièces les plus prestigieuses de ce répertoire, au point d'être conservées et transmises dans les familles. Ces ateliers occupaient des quartiers précis des médinas, selon la même logique de regroupement par métier qui organise, à Fès, le souk des artisans du cuir. La maîtrise s'y transmettait par apprentissage, sous l'autorité d'un maalem, le maître artisan reconnu par ses pairs.

Le déclin de la fibre, la persistance du geste

À l'époque contemporaine, la sériciculture locale a décliné jusqu'à devenir marginale, concurrencée par les soies importées puis, surtout, par les fils artificiels. La viscose — souvent appelée rayonne — a largement remplacé la soie dans la passementerie et le tissage courant ; c'est elle que désigne le plus souvent l'expression commerciale « soie végétale », ou sabra, parfois présentée à tort comme une fibre de cactus filée localement. Cette substitution s'est faite sans rupture du geste : les mêmes techniques de tressage et de tissage se sont appliquées aux nouveaux fils, qui ont gagné tous les étals, des merceries urbaines jusqu'aux souks hebdomadaires des campagnes. Le mot « soie » est ainsi resté attaché à des ouvrages qui n'en contiennent plus, ce qui impose de la prudence dans les descriptions commerciales.

Le regard de Maison Tanger

De cette histoire, Maison Tanger retient d'abord une exigence de vocabulaire : la maison décrit ses articles de nuit comme étant en satin — un tissage, non une fibre — et ne revendique aucune soie. La même précision vaut pour la maroquinerie : les sacs marocains de la maison sont en simili cuir PU, sans matière animale, et se présentent comme tels. Quant aux caftans et robes marocaines contemporains, ils héritent de cette tradition du fil — galons et finitions — sans en reprendre les allégations de matière. Nommer juste, c'est déjà respecter le patrimoine que l'on cite.

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