La belgha est la babouche masculine marocaine, unie et sans décor brodé, traditionnellement teinte en jaune safran et montée en peau de chèvre tannée dans les ateliers de Fès et de Marrakech.
Elle occupe, dans le vestiaire marocain, la place de la chaussure de tous les jours comme de celle des grandes occasions, portée aussi bien sous la jellaba que sous la tenue de prière. Comme toute babouche, elle n'a pas de quartier arrière : le talon reste libre, et la chaussure se quitte d'un mouvement de pied.
Comment on la reconnaît
Trois signes suffisent. La couleur d'abord : le jaune safran domine, obtenu par teinture de la peau, avec des variantes blanches, brunes ou noires selon les régions et les usages. La forme ensuite : bout arrondi ou légèrement effilé, tige basse, ligne continue sans couture décorative. La construction enfin : la tige et la semelle sont assemblées à l'envers puis retournées, ce qui donne un bord franc, sans surpiqûre visible sur le dessus. La peau vient du travail de tannage traditionnel, le dbagh, qui laisse au cuir une odeur et une souplesse particulières. Les modèles les plus recherchés emploient le cuir filali du Tafilalet.
L'erreur fréquente : la confondre avec le cherbil
Belgha et cherbil ne sont pas deux couleurs d'un même modèle. Le cherbil est la babouche féminine de fête : sa tige est brodée de fils métalliques et colorés, le montage prévoit une doublure et parfois un léger talon, la semelle est plus fine, la forme plus courte et plus fermée sur le coup de pied. La belgha est délibérément nue : toute la qualité passe dans le choix de la peau, la régularité du montage et la teinture. Prendre l'une pour l'autre revient à confondre deux constructions, pas deux décors.
Ce que ça change à l'usage
Une belgha neuve serre légèrement, puis la peau se détend et prend la forme du pied. Il vaut donc mieux ne pas choisir large. La semelle plate et sans cambrure convient au sol lisse et à l'usage intérieur ; sur bitume, elle s'use vite. La peau supporte mal l'eau : après une averse, on laisse sécher à l'ombre, jamais près d'une source de chaleur, puis on nourrit légèrement. Une belgha se ressemelle chez un cordonnier, ce qui explique la longévité de certaines paires.
Dans l'ensemble de la tenue
La belgha se porte avec les grandes pièces du vestiaire masculin, notamment la cape de laine à capuchon appelée burnous, et répond côté féminin aux tenues bâties autour du caftan. Les décors qui la voisinent sur la tenue relèvent d'autres métiers : la broderie tétouanaise, géométrique et florale, ou la broderie d'Azemmour, figurative. Ce goût du jaune safran et des lignes sans décor inspire plusieurs coloris de nos caftans et robes marocaines.