PU aqueux et PU solvanté : ce qui change vraiment

L'enduction d'un simili cuir PU se pratique de deux manières : en phase aqueuse, où le polyuréthane est dispersé dans l'eau, ou en phase solvantée, où il est dissous dans un solvant organique — le plus souvent le diméthylformamide — qu'il faut ensuite évaporer, capter et recycler.

Cette différence ne figure presque jamais sur une étiquette : elle relève du procédé de fabrication et non de la composition déclarée. Deux articles annoncés « PU » peuvent donc sortir de chaînes très éloignées l'une de l'autre. Le guide Mode végane et responsable pose le cadre général du sujet ; cette page descend d'un cran, au niveau de la ligne d'enduction.

Deux façons de poser le même polymère

Le principe est identique dans les deux cas : on dépose une ou plusieurs couches de polyuréthane sur un support, on les fait prendre, puis on structure la surface par gaufrage ou par transfert sur papier siliconé. Ce qui change, c'est le véhicule qui transporte le polymère avant qu'il ne durcisse.

La voie solvantée dissout le polyuréthane dans un solvant organique. Le mélange s'étale finement, pénètre le support et autorise des films très minces, des grains serrés et une main souple. Le solvant s'évapore ensuite dans des fours ; il doit être capté, condensé, puis distillé pour être réemployé. Le procédé est ancien et techniquement bien maîtrisé — c'est la gestion de ses rejets qui constitue le vrai sujet.

La voie aqueuse remplace ce solvant par de l'eau. Le polyuréthane aqueux, dit waterborne, se présente sous forme de dispersion : de fines particules de polymère en suspension, qui coalescent en séchant. L'évaporation ne libère alors que de la vapeur d'eau. En contrepartie, la formulation est plus contrainte, le séchage plus long et plus consommateur d'énergie, et certains effets de surface demandent davantage de passages.

Le diméthylformamide, point de vigilance de la voie solvantée

Le diméthylformamide, abrégé DMF, est le solvant historique de l'enduction polyuréthane. La réglementation européenne des substances chimiques le classe comme toxique pour la reproduction et encadre son emploi. C'est un statut réglementaire public, pas une appréciation de notre part, et il explique à lui seul l'essentiel du mouvement de l'industrie vers l'aqueux.

Deux questions distinctes se cachent derrière ce nom. La première concerne l'atelier de production : l'exposition des opérateurs se traite par le confinement des fours, la ventilation et la mesure d'ambiance, et elle relève du droit du travail du pays où la matière est fabriquée. La seconde concerne le produit fini : en bout de chaîne, le solvant est censé avoir quitté la matière, et les contrôles de résidus servent précisément à le vérifier. Nous ne disposons pas de mesures propres à publier sur ce second point, et nous préférons l'écrire plutôt que d'avancer un ordre de grandeur.

Travailler en phase aqueuse supprime la question à la source. C'est l'argument principal de cette voie, et il est solide. Il ne dit rien, en revanche, de la tenue de la matière obtenue : ce sont deux critères indépendants qu'il ne faut pas confondre.

Ce que le procédé change sur le produit fini

À formulation comparable, une enduction aqueuse donne souvent une main un peu plus sèche et un film légèrement plus épais, parce qu'il faut compenser par la matière ce que le solvant apportait en pénétration. Une enduction solvantée descend plus facilement vers les touchers très souples et les grains fins. Ces différences se sentent sous le doigt ; elles ne se lisent sur aucune fiche produit.

Sur la tenue dans le temps, la variable dominante n'est ni l'eau ni le solvant : c'est la qualité du polyuréthane, l'épaisseur du film et la nature du support. Un article correctement construit tient trois à cinq ans d'usage régulier, quelle que soit la voie d'enduction retenue ; un film trop mince sur un support trop lâche se fendille tôt dans les deux cas. Trancher entre deux matières sur ce seul critère de procédé ne mène donc nulle part.

L'enduction n'est pas toute la fabrication

Un sac assemblé contient aussi des colles, des renforts thermocollants, des doublures et des apprêts de finition. Passer à un adhésif sans solvant relève de la même logique que passer à l'aqueux : on remplace un véhicule volatil par une dispersion ou par un système réactif. C'est un poste régulièrement oublié dans les discours sur les matières, alors qu'il concerne chaque bord replié et chaque renfort collé.

Les autres familles de matières déplacent la question sans la faire disparaître. Le PVC, que nous écartons en maroquinerie, pose d'abord un problème de plastifiants et de fin de vie. Les matières dites végétales à base de cactus, de raisin ou de pomme comportent presque toujours une couche de polyuréthane par-dessus la charge végétale : la question de l'enduction leur revient donc intégralement. Le liège et le raphia y échappent en partie, puisque la surface visible est le matériau lui-même. Quant aux matières recyclées, leur mention porte sur l'origine de la résine ou du support, jamais sur le mode de couchage.

Ce qu'on peut demander à un fournisseur

Trois questions suffisent à situer une chaîne : la voie d'enduction employée, l'existence d'un dispositif de récupération de solvant sur le site, et la nature des adhésifs de montage. Une réponse précise est un bon signe. Une réponse formulée en « matière écologique » n'en est pas une, parce qu'elle ne décrit aucun procédé et ne renvoie à aucun référentiel.

La distinction n'a d'ailleurs pas le même sens selon l'article. Nos mini sacs sont des pièces enduites, auxquelles tout ce qui précède s'applique. Nos foulards sont des textiles teints et finis : il n'y a pas d'enduction du tout, et les questions pertinentes portent alors sur la teinture et sur les apprêts. Un même vocabulaire commercial recouvre souvent des procédés sans rapport entre eux.

Voir aussi

Retour au blog