Teintures et pigments : origine et vigilance

Colorer un article met en jeu deux mécanismes distincts — un colorant soluble qui pénètre la fibre et s'y fixe, un pigment insoluble maintenu en surface par un liant — et la vigilance porte sur deux points séparés : l'origine de certaines références, animale dans une minorité de cas, et les substances réglementées mesurables sur le produit fini.

Le sujet est technique et mal documenté côté grand public, parce que l'identité exacte d'un colorant relève presque toujours du secret de fabrication du teinturier. Le dossier mode végane et responsable traite des allégations du secteur ; ce guide décrit ce que l'on peut réellement savoir de la couleur d'un article.

Colorant et pigment : deux mécanismes

Un colorant est soluble dans le bain de teinture. Il migre vers la fibre, s'y loge, et s'y maintient par affinité chimique ou par liaison covalente selon la famille employée. La couleur se trouve alors dans la masse du fil : une éraflure ne la fait pas disparaître.

Un pigment est insoluble. Il ne pénètre rien : il est dispersé dans un vernis, une résine ou une couche d'enduction, qui le retient mécaniquement en surface. La couleur se trouve donc dans un film, et l'usure de ce film emporte la couleur avec lui. Cette différence explique la plupart des comportements observés à l'usage : un textile teint pâlit, un revêtement pigmenté s'écaille ou se dépolit.

Sur un tissu tissé comme les caftans, la couleur vient d'une teinture en bain. Sur les sacs en simili cuir PU, elle vient dans la grande majorité des cas d'une pigmentation de la couche déposée, parce qu'un film de polyuréthane ne se teint pas comme une fibre.

Les grandes familles employées

Les colorants de synthèse se classent par mode de fixation, et chaque famille correspond à un type de fibre. Les colorants dispersés servent aux fibres synthétiques hydrophobes, polyester en tête. Les colorants réactifs et directs travaillent sur les fibres cellulosiques. Les colorants acides s'emploient sur les fibres protéiques et sur le polyamide. Un teinturier ne choisit donc pas librement : le substrat impose la famille.

Les pigments se répartissent entre minéraux et organiques. Les minéraux sont pour l'essentiel des oxydes — oxydes de fer pour les ocres, les rouges et les bruns, dioxyde de titane pour les blancs et les opacifiants — et se distinguent par une bonne stabilité à la lumière. Les organiques de synthèse couvrent les nuances vives que les oxydes ne donnent pas, avec des tenues très variables selon la structure.

Les colorants d'origine végétale forment une famille à part, historique et toujours vivante. La garance, appelée fouwa au Maroc, en est l'exemple le plus connu : la couleur rouge est extraite de la racine. Ces colorants demandent le plus souvent un mordant pour se fixer durablement, et cette étape mérite autant d'attention que le colorant lui-même.

Où la question animale se pose réellement

Elle ne se pose pas partout, mais elle se pose. Le carmin, tiré de la cochenille, est un colorant rouge d'origine animale, employé de longue date en textile comme en alimentaire et en cosmétique. Plusieurs colorants historiques ont la même origine, extraits d'insectes ou de mollusques. Un article dont la couleur vient de l'une de ces références n'est donc pas sans matière animale, quelle que soit la fibre du support.

Deux corollaires méritent d'être posés. D'abord, l'origine naturelle ne dit rien de l'origine animale : ces colorants sont naturels et animaux à la fois. Ensuite, l'origine naturelle ne dit rien de l'innocuité, car certains mordants traditionnels sont des sels métalliques. Ce raisonnement rejoint celui exposé dans « végane » ne veut pas dire « écologique », et il illustre pourquoi les termes du secteur gagnent à être définis un par un, ce que fait le vocabulaire de la mode responsable, terme par terme.

Le repérage des composants d'origine animale sur un article complet — colle, colorant, finition, garnitures — est traité dans choisir un sac sans matière animale, et le recensement des matières concernées dans les matières d'origine animale en mode.

Ce que la réglementation encadre sur produit fini

Le contrôle réglementaire ne porte pas sur le procédé de teinture mais sur ce qui reste mesurable dans le produit livré. La réglementation européenne sur les substances chimiques restreint notamment certains colorants azoïques susceptibles de libérer des amines aromatiques réputées dangereuses, ainsi que plusieurs métaux extractibles. Le principe est celui d'une limite de migration ou d'extraction, vérifiée par essai sur échantillon.

À côté de ce socle obligatoire, une certification volontaire comme Oeko-Tex Standard 100 applique un catalogue de substances plus large, avec des valeurs limites et une classification selon le contact avec la peau. Ce n'est pas un label environnemental et il ne dit rien des conditions de production : il atteste que le produit testé reste sous des seuils de substances définis.

Ce qu'une fiche produit peut dire, et ce qu'elle ne peut pas

Elle peut dire la fibre ou la construction du support, le mode de coloration lorsqu'il est connu, l'existence d'une certification et son périmètre. Elle ne peut presque jamais dire quel colorant précis a été employé : cette information circule rarement au-delà du teinturier, et la reconstituer par déduction reviendrait à l'inventer. Nous ne publions donc pas de liste de références colorantes par article, faute de pouvoir la garantir.

Ce qu'un acheteur peut faire, en revanche, tient en une règle simple : demander, et considérer l'absence de réponse comme un élément d'appréciation à part entière.

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