Garance (fouwa) : définition et origine

La garance, fouwa en arabe marocain, est la racine de Rubia tinctorum dont on extrait un colorant rouge utilisé pour teindre la laine des tapis de Taznakht et des tissages ruraux marocains.

C'est l'un des grands colorants végétaux du pays et la principale source de rouge avant l'arrivée des colorants industriels. Les étoffes teintes ainsi entrent dans plusieurs pièces décrites par notre guide du vestiaire marocain.

De la racine à la cuve

La plante est cultivée pour ses racines, qu'on arrache après plusieurs années de croissance, qu'on sèche puis qu'on broie. La poudre obtenue ne colore pas directement : elle exige un mordant, le plus souvent l'alun, qui se fixe d'abord sur la fibre et sert d'ancrage au colorant. C'est cette étape qui décide de la teinte finale. Selon la nature du mordant, la dureté de l'eau et la température du bain, la même racine donne un rouge orangé, un rouge brique ou un rouge profond tirant sur le violet. Un bain trop chaud vire au brun. Les teinturiers travaillaient dans des quartiers dédiés, comme le souk Sebbaghine, où les cuves et les séchoirs étaient regroupés.

Où on la trouve

La garance donne les rouges dominants des tapis de Taznakht, où elle se lit à la manière dont la couleur varie légèrement d'un rang de nœuds à l'autre : chaque écheveau sort d'un bain différent. On la retrouve dans le fond rayé d'un hanbel, dans les bandes de laine d'une handira de mariée, et jusque dans les bordures de certains haïks d'hiver. Elle fonctionne en complément de l'indigo, qui donne les bleus par une chimie tout autre — une cuve de réduction, sans mordant — et du takaout, qui apporte les bruns et les noirs tannants.

L'erreur : garance, cochenille et rouges de synthèse

On attribue souvent à la garance tous les rouges anciens, ou l'inverse, on lui prête la vivacité qui appartient à la cochenille. Ce sont deux colorants distincts : la cochenille est d'origine animale, tirée d'un insecte, et donne des carmins nettement plus froids et plus saturés. La garance reste du côté du rouge chaud, légèrement terreux. Elle se distingue aussi du henné, colorant de la peau et des cheveux dont le brun-orangé est parfois pris pour un rouge de garance passé. La seconde confusion est chronologique : à partir de la fin du XIXe siècle, les rouges de synthèse ont largement remplacé la teinture végétale dans la production courante, y compris artisanale. Un tissage rural récent au rouge parfaitement uniforme et très vif n'est presque jamais teint à la garance — l'irrégularité contrôlée est le signe du bain végétal, pas un défaut de fabrication.

Ce que cela change à l'usage

Une laine teinte à la garance évolue : elle s'éclaircit lentement à la lumière directe et prend une patine plutôt qu'elle ne se ternit. Elle craint les lessives alcalines, qui décrochent le colorant du mordant ; un savon neutre et une eau froide suffisent. Un textile ainsi teint peut relâcher un peu de couleur au premier lavage, ce qui invite à le laver seul. Ces rouges chauds s'accordent avec les tons sable et brun des pièces de la collection sacs marocains, dont la teinte, elle, est obtenue tout autrement.

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