Le crêpe est un tissu dont la surface granuleuse et légèrement irrégulière est obtenue par l'emploi de fils surtordus, c'est-à-dire de fils auxquels on a imposé un nombre de tours par mètre très supérieur à la normale avant tissage.
Ce grain n'est donc pas imprimé ni gaufré : il naît de la tension emmagasinée dans le fil, qui cherche à se détordre une fois le tissu détendu et fait « bouger » la surface. Le guide des matières de maroquinerie replace ce tissage parmi les textiles de doublure et d'habillement. Le crêpe existe en de nombreuses variantes selon que la surtorsion touche la chaîne, la trame ou les deux, et selon la fibre employée — polyester, viscose, laine. Il en résulte un tombé fluide, un aspect mat qui ne renvoie pas la lumière, et une bonne aptitude à masquer les faux plis.
Comment on le reconnaît
Trois indices concordants. Le toucher d'abord : légèrement sableux, jamais glissant. L'aspect ensuite : mat et grené, à l'opposé d'un satin de polyester, dont l'armure fait flotter les fils en surface pour produire du brillant. Le comportement enfin : froissé dans la main puis relâché, un crêpe reprend sa forme en laissant peu de marques, là où un tissu à armure simple garde ses plis. On le confond parfois avec la mousseline, qui utilise elle aussi des fils tordus mais reste transparente et beaucoup plus légère : le crêpe est opaque et a du corps. Vocabulaire à ne pas mélanger non plus avec celui des matières enduites : le décret 2010-29 réserve le mot « cuir » aux matières d'origine animale, et les matières animales de second choix — la croûte de cuir issue de la refente, ou le cuir reconstitué aggloméré à partir de fibres broyées — relèvent d'un entretien opposé à celui d'un tissu : elles ne se lavent pas.
Le piège : le retrait au premier lavage
La surtorsion est une contrainte mise en réserve dans le fil. Si elle n'a pas été stabilisée en finissage — par un traitement thermique ou un décatissage qui « fixe » la torsion —, le premier passage à l'eau chaude la libère d'un coup. Les fils se rétractent, le tissu se resserre, et la pièce sort plus petite qu'elle n'est entrée, parfois de plusieurs centimètres, avec un grain devenu plus marqué. Ce rétrécissement au lavage est irréversible : le tissu ne se réétire pas. Le risque est maximal sur les crêpes de fibres naturelles ou de viscose, plus faible sur polyester, et il augmente avec la température et l'agitation du tambour.
Ce que cela change à l'usage
On lave un crêpe à froid, sur cycle délicat ou à la main, sans essorage violent, et on le sèche à plat plutôt que suspendu : accroché mouillé, il s'allonge sous son propre poids. Un vêtement de crêpe suspendu très longtemps sur un cintre fin se détend de la même manière ; sur les supports enduits d'un sac, ce phénomène d'allongement sous charge porte le nom de déformation permanente (fluage). Le repassage se fait à basse température, à l'envers, avec un linge intermédiaire, sans écraser le grain. En doublure ou en pochette d'appoint, le crêpe accompagne bien nos sacs en simili cuir PU et les portefeuilles et petite maroquinerie, à condition d'être entretenu selon ses propres règles et non selon celles de la matière enduite qu'il double.