Déformation permanente (fluage) : définition et usage

La déformation permanente, ou fluage, est l'allongement irréversible d'un matériau soumis à une charge constante pendant une durée prolongée : la pièce ne revient pas à sa dimension initiale une fois la charge retirée.

Le phénomène est propre aux matériaux viscoélastiques, dont font partie les polymères décrits dans le guide des matières de maroquinerie. Sous une charge brève, un tel matériau s'allonge puis reprend sa forme : la déformation est élastique. Sous une charge maintenue, les chaînes moléculaires glissent lentement les unes sur les autres, et une part de l'allongement cesse d'être récupérable. Ce n'est donc pas une question de force, mais de durée : une anse peut supporter sans dommage une charge lourde pendant dix minutes et s'allonger définitivement sous une charge moyenne laissée en place pendant six mois. La chaleur accélère le mécanisme, ce qui explique qu'un sac laissé chargé dans une voiture en été se déforme plus vite.

Comment on le reconnaît

Le fluage se lit sur les zones portantes et sur les zones de contact. Une anse s'allonge et s'amincit près de ses attaches ; une bandoulière ne revient plus au même cran ; un fond se creuse et le sac ne tient plus debout ; une base de poignée présente un léger étranglement. La matière n'est pas fissurée, c'est la différence essentielle avec la casse de pliure, qui rompt la finition sur une ligne de pli sans rien allonger. On ne le confond pas davantage avec le délaminage, qui sépare l'enduction de son support sans modifier les dimensions, ni avec le dégorgement, qui ne concerne que la tenue de la couleur. À distinguer aussi du rétrécissement au lavage, qui va dans le sens inverse et touche les textiles. En laboratoire, on approche le comportement d'un support par sa résistance à la traction, mais cet essai mesure une rupture sous charge croissante et rapide : il ne prédit pas à lui seul le fluage, qui demande un essai sous charge maintenue. Les textiles ajourés se déforment encore autrement : dans une dentelle Chantilly, ce sont les mailles du fond qui s'ouvrent, pas le fil qui s'allonge.

Le piège : le sac laissé chargé et suspendu

Suspendre un sac plein à un crochet, à une patère ou au dossier d'une chaise pendant des semaines est la situation la plus défavorable qui soit : charge constante, appliquée sur la plus petite section de la pièce, souvent avec une arête qui concentre la contrainte. Le propriétaire ne voit rien pendant des mois, puis constate que les anses ont visiblement gagné en longueur, de façon asymétrique si le sac était toujours accroché du même côté. Rien ne revient en arrière : raccourcir des anses est une réparation, pas une remise en état, et le fond creusé se stabilise tel quel. Les autres facteurs se cumulent : une doublure trop chargée d'objets durs, la chaleur, et un point d'accrochage étroit.

Ce que cela change à l'usage

Un sac se range vidé et posé, jamais chargé et suspendu ; on l'appuie sur une étagère, garni pour qu'il garde son volume. On répartit le poids plutôt que de le laisser tomber au fond, on évite de porter durablement à la main un sac conçu pour l'épaule, et l'on alterne le côté de portage. Une sangle tissée encaisse mieux ce glissement lent qu'une bande enduite de même largeur, à condition que ses fils soient assez gros : c'est précisément ce que décrit le denier. Ces précautions valent pour nos sacs en simili cuir PU, et davantage encore pour les petites pièces des portefeuilles et petite maroquinerie, dont les passants et les anneaux travaillent sur de très faibles sections.

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